L’Art sonore, présentation de la démarche et des œuvres de l’artiste Zimoun

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Zimoun, 60 bourdes de soluté, eau, feu et installation de feuilles métalliques, Installation de 20x20x4cm, 2013, http://www.zimoun.net/works.html

L’art sonore est un ensemble de pratiques artistiques qui met l’accent sur le son, et fait appel à l’ouïe pour l’interprétation de l’œuvre. Lorsque nous observons les œuvres de Zimoun et de plusieurs autres artistes sonores tels que Peter Flemming, Darcha Hewitt et Gordan Monahan, il est frappant de remarquer que celles-ci ont des dimensions sculpturales importantes. C’est-à-dire que leurs œuvres présentent une certaine matérialité, souvent esthétiquement intéressante, qui les rapproche drôlement de la sculpture. Pourquoi ne cherchent-ils pas plutôt à présenter leurs œuvres de façon purement sonore? Et pourquoi cette proximité avec la sculpture?

Je me souviens alors de Susan Philipsz, sculpteure à l’origine, qui s’est tournée vers l’art sonore. Durant le Münster Sculpture Project 2007, une exposition de sculpture internationale qui a lieu une fois chaque dix ans dans la ville de Münster en Allemagne, elle présenta une œuvre intitulée The LostReflection, une projection sonore sous le pont Torminbruecke. Prenons cette œuvre sonore comme point de départ pour notre réflexion. Comment justifier sa présence dans un évènement de sculpture?
D’abord, il faut comprendre que le son et l’espace sont intimement reliés. L’espace dans lequel un son est diffusé affecte toujours la réception de celui-ci. Pensez à l’écho de vos pas dans un stationnement souterrain par exemple. Les formes de l’espace, ou les formes qui habitent cette espace, influencent notre façon de recevoir le son en modifiant la qualité sonore de celui-ci. Les artistes sonores en sont évidemment conscients. Mais qu’en est-il de l’influence du son sur l’espace?
En cinéma, le son joue un rôle crucial sur notre perception de l’image. La musique dramatique contribue grandement à installer un climat effrayant dans une scène d’horreur, par exemple. Il en va de même pour les sons qui habitent l’espace. Ceux-ci donnent une couleur particulière à l’espace, ou aux formes qui l’occupent, et affectent notre façon de les percevoir. Un artiste peut choisir de présenter un projet artistique avec des sons glauques pour lui accorder une allure inquiétante, ou encore lui donner une allure ludique à l’aide de sons enjoués.
Il devient donc moins surprenant de retrouver une production sonore comme celle de Philipsz dans un évènement de sculpture. Nous pourrions dire qu’à la manière de Christo et Jeanne-Claude, un duo d’artistes américains œuvrant dans les années 70 et 80, qui se distingue surtout pour avoir enveloppé de tissu des bâtiments ou de grandes structures, Philipsz enveloppe et colore le pont Torminbruecke de son.

Tout ceci n’explique pas cependant l’attention particulière que Zimoun porte à l’esthétisme de ses objets sonores et à la façon dont ces derniers occupent l’espace. En effet, si vous prêtez attention aux vidéos documentant son travail, disponible sur sa page web au http://www.zimoun.net, ou si vous avez la chance d’aller voir une de ses œuvres en personne, vous serez sans doute frappé tout autant par le visuel du travail que par le son. Faites l’expérience de couper le son sur une de ses vidéos. Vous remarquerez que, à un autre niveau bien sur, son œuvre demeure accessible et artistiquement intéressante. Visuellement, les œuvres des Zimoun traitent de répétition dans le nombre et dans les tâches et d’un travail à la chaîne sans fin et sans but.

D’abord, je crois qu’une partie de l’explication réside dans le contexte de présentation. Il faut comprendre que l’art audio est un médium relativement nouveau. Une recherche rapide (et non-exhaustive) révèle que la première utilisation du terme sound art aux États Unis date de 1982. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’il fut employé lors d’une exposition spéciale sur le son au Sculpture Center, à New York. Dès ses débuts, l’art audio fut présenté dans des galeries ou des musées traditionnellement dédiés à l’art visuel et c’est là que le public susceptible d’apprécier cette nouvelle forme d’art se trouvait. Ceci-étant, les artistes audio durent s’adapter non seulement au lieu de présentation, mais aussi à la clientèle de ces lieux. L’artiste se doit de donner une dimension sculpturale à son œuvre, ne serait-ce que dans la disposition des dispositifs de diffusion, eux-mêmes objets, Puisqu’il y a déjà une dimension sculpturale dans le dispositif de diffusion, pourquoi ne pas y porter une certaine attention? Les artistes développent donc le réflexe d’esthétiser leur présentation, au plus grand plaisir des galeristes et des amateurs d’art visuel.

Cependant, Zimoun fait plus que s’adapter au lieu de diffusion; il en fait une partie intégrale et indispensable de ses œuvres. Les murs deviennent une œuvre sonore, et, inversement, l’œuvre sonore devient murs.
Mais pourquoi ne pas simplement capter ce même son et le présenter en ligne au format audio?
Je crois que l’on assiste ici à un phénomène purement contemporain. Alors que dans le passé, les artistes étaient plutôt portés à explorer et à pousser les limites d’un médium, les artistes contemporains s’intéressent davantage à brouiller les frontières entre les différents médias. Des termes bien actuels tels qu’installation multimédia, qui incorpore la sculpture à la vidéo et/ou à la photographie, et arts interactifs, du performatif médiatique, viennent d’ailleurs supporter cette théorie. D’ailleurs, plusieurs artistes contemporains pratiquent, à la base, plus d’une discipline. Philipsz, par exemple, est sculpteure de formation en plus de produire activement de l’art audio. Il semble donc naturel qu’elle s’intéresse au croisement entre les deux disciplines. Zimoun, quant à lui, ne s’intéresse pas seulement au son, mais aussi à la robotique, présente dans la plupart de ces œuvres et, surtout, à la façon d’habiter, de remplir et de colorer un espace. Ces dernières sont, sans surprise, des préoccupations propres à la sculpture.

Voilà pourquoi, selon moi, sculpture et son vont de pair et sont souvent représentés dans un même travail. Puisque le son est intiment lié à l’espace de par sa nature, que l’espace dans lequel les œuvres sonores sont présentées et que les dispositifs de diffusion exigent un élément visuel, les artistes audio comme Zimoun en tirent profit en brouillant les frontières entre l’audio et la sculpture, créant ainsi des œuvres à dimensions tant sonores que sculpturales.

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Zimoun, 329 prepared dc-motors, cotton balls, toluene tank, 2013, http://www.zimoun.net/works.html

Article écrit par : Thomas Dalbec, étudiant au premier cycle du baccalauréat en arts visuels et médiatiques, UQÀM

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