Portrait de l’artiste Shaddy Cyr

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Shaddy Cyr, Sophia, médiums mixtes, 2012

Lors de mon récent voyage en Italie avec l’UQÀM, j’ai eu le plaisir de rencontrer Shaddy Cyr, une jeune artiste dont la production m’a tout de suite accroché. Celle-ci a effectué une mineure en Histoire de l’art ainsi qu’une majeure en communications. Son parcours académique s’amalgame ainsi à merveille avec ses talents artistiques. Voici le portrait de l’artiste Shaddy Cyr.

Shaddy et la peinture 

La production de Shaddy se déploie en deux tangentes : elle œuvre en peinture, principalement, mais elle s’adonne de surcroît au graffiti. En ce qui a trait à la peinture, Shaddy affectionne particulièrement tout ce qui est organique, c’est-à-dire naturel, épuré. Elle débute d’ailleurs immanquablement ses toiles avec un cerne de vin ou encore de jus de betterave, parce que c’est moins onéreux. Elle procède de façon très systématique, elle installe toujours sa toile sur le sol et travaille automatiquement de cette manière.  Le processus de création dépend par la suite de la trajectoire empruntée par le cerne. « Mon art influe sur moi, et j’influe sur mon art, il y a une constante interaction entre nous deux et c’est par cette voie que je laisse cheminer ma créativité[1] ».  Shaddy se dit fascinée et constamment attirée par le cerne, en raison de ses qualités visuelles. Celui-ci se fusionne à son environnement plastique, de manière à ne former qu’un avec lui, la forme épousant symbiotiquement le fond, la toile.

Elle qualifie son travail d’abstrait mais diversifie les formes d’abstraction de tableau en tableau. On retrouve parfois, néanmoins, des éléments figuratifs dans ses toiles. L’inspiration de l’artiste provient de son entourage, de son réseau social, ce qui explique le fait que ses toiles portent toujours des noms propres, qu’elle modifie quelque peu parfois, dédiant de ce fait chaque toile à une personne en particulier. Elle puise d’ailleurs beaucoup plus son inspiration de ses proches que de figures canoniques de l’histoire de l’art. Cependant, elle admire nombre d’artistes marquants tels que Borduas et Riopelle.

Shaddy affectionne également l’écriture, qu’elle commence progressivement à intégrer à ses toiles. « J’écris quand je suis triste et je peint quand je suis heureuse. J’ai dernièrement commencé à insérer mes écrits dans mes peintures, parce que ça me rappelle comment je me sens présentement versus comment je me suis déjà sentie et ça me fait reprendre contact avec mes émotions. En illustrant et écrivant cette émotivité, c’est en quelque sorte une occasion de laisser derrière moi les moments délicats du passé et d’appréhender positivement le présent par la peinture[2]. »

En ce qui a trait à sa pratique picturale, elle aime travailler avec l’encre, qui constitue son coup de cœur en matière de matériau, mais elle a aussi recours à la peinture à métal. Shaddy s’amuse à mixer les deux, proférant ainsi à l’œuvre, par la combinaison d’un élément à la facture très fine et gracieuse et d’un autre à caractère très brut et industriel, un aspect contrasté. Elle fait également usage de surligneurs indélébiles, dont la trace laissée est épaisse, qu’elle amalgame souvent avec de la poudre métallique dorée. Elle fait aussi du collage, ce qui donne à ses œuvres une grande diversité matérielle. On retrouve une définitive constante dans ses toiles, soit la recherche du contraste, obtenu en faisant s’entrechoquer matériaux à l’allure délicate et matériaux moins « nobles », plus triviaux. Cela reflète parfaitement la personnalité de l’artiste, qui se veut à la fois forte, assumée. En somme, la peinture est à l’image de l’artiste.

Shaddy et le graffiti

Shaddy Cyr pratique en parallèle de ses œuvres peintes le graffiti. Il serait d’ailleurs pertinent de mentionner que l’artiste établit une distinction assez marquée entre le domaine de la peinture et celui du graffiti. En effet, Shaddy associe la pratique de la peinture à l’expression de ses émotions et de ses états d’âme, tandis qu’elle fait un rapprochement entre le monde du graffiti et celui de l’histoire de l’art. Cette forme d’art est encore actuellement en quête de légitimation autant dans le champ de l’art que dans l’opinion publique, s’inscrivant ainsi dans l’actualité de l’histoire de l’art. « C’est un pan de l’art urbain qui est en constante effervescence dans la ville de Montréal et ailleurs et encore trop peu de gens sont  à l’affut de ce qui se fait actuellement de ce côté[3]. » Il est donc important pour elle d’insérer à l’enseignement des arts dans les cégeps mais également les écoles secondaires un onglet traitant de l’art urbain. Selon Shaddy, il est primordial de sensibiliser les gens à la légitimité du graffiti. Pour elle, l’entité du graffiti représente pour notre époque ce que le Salon des refusés représente pour le XIXe siècle, le graffiti est la sphère artistique refusée de notre temps[4], puisque les deux se sont vus rejetés des institutions officielles de l’art et ont dû, par obligation, s’organiser en parallèle du système établi pour somme toute obtenir de la visibilité. La seule divergence, c’est que son affirmation dépasse le cadre du musée en prenant d’assaut la rue, l’espace social par excellence. Le graffiti est en effet une forme artistique à teneur résolument sociale. Ce milieu constitue un espace de dialogue où il fait bon échanger et créer ensemble. Pour Shaddy, l’échange que favorise la pratique du graffiti permet de forger sa propre personnalité, parce qu’on se réunit autour d’un mur ou d’une parcelle de l’espace public pour créer, à l’instar d’une famille qui se réunit à table pour manger. « La communication est le fondement de cette pratique, et c’est entre autre pourquoi on devrait la valoriser et non la réprimander[5]. » C’est une forme artistique qui a une portée plus grande et un aspect beaucoup plus bénéfique que ce que l’on croit, selon l’artiste.

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Shaddy Cyr, James, médiums mixtes, dimensions inconnus, 2012-2013

Prochainement, Shaddy Cyr participera à un projet de murale subventionné en collaboration avec plusieurs autres graffeurs de renom de Montréal, tels que LYF3, Skope, Mrvn, Opire, Apashe et Koni. Cette murale décorera trois murs d’une ruelle qui a souvent été le support de graffitis illégaux, la compagnie FTM Capital a donc décidé d’y lancer un nouveau concept de ruelle artistique. Cette ruelle est située au coin des rues Sherbrooke et Saint-Denis. Shaddy Cyr est la directrice artistique de ce projet, c’est elle qui a donc été en charge de faire les soumissions ainsi que de trouver les artistes mis à contribution. Le projet devrait se concrétiser vers le 2 novembre 2013.

Invitation à : De ruelle à Street Art : Métamorphose au coeur du Quartier Latin Montréal, le 2 et 3 novembre 2013

 Au cours de la fin de semaine prochaine, plus de 12 artistes issus de la relève seront à pied d’oeuvre pour redonner à un quartier ses lettres de noblesse. À l’initiative de FTM Synergis Capital, fière partenaire de Relève en folies depuis plusieurs années, ce grand projet vise à faire de la ruelle au sud de la rue Sherbrooke entre St-Denis et Berri un attrait touristique et un espace vert visant à améliorer la qualité de vie des résidents du quartier. Il permet également de faire d’une pierre deux coups : soutenir la relève artistique tout en participant à l’embellissement du Quartier Latin.

À propos des artistes

Shaddy Cyr est la directrice artistique sur le projet de Ruelle Verte. Dernièrement, elle a exposé au Monument National ainsi qu’à la bibliothèque Éva-Sénécal, à la salle de spectacle La Petite Boite Noire et au Centre d’Art Orford de Sherbrooke. Elle a aussi contribué au lancement du spectacle «Tartare» pour la troupe de danse Mandala Situ. De plus, elle contribue à plusieurs évènements-bénéfice à titre d’artiste invitée. Son équipe actuelle est composée de 12 artistes de Street Art soit LYF3, Opire, Bonnard, Marvin, Apashe, Koni, Skope, Phare, Algue, Azur et Nixon.

Soyez témoins de cette métamorphose qui deviendra un élément incontournable du Street Art Montréalais.

SÉANCE PHOTO

Date : samedi 2 et dimanche 3 novembre 2013

Lieu : ruelle du 418 Sherbrooke est,

Horaire : toute la journée du 2 et du 3 novembre

Intervenants : Manon Perreault, Shaddy Cyr

Renseignements :

Manon Perreault

mperreault@ftmsynergiscapital.com

514-730-6037

https://www.facebook.com/Shaddy.Artiste

Article écrit par : Sabrina Chamberland-Desjardins, étudiante du Baccalauréat en Histoire de l’art, UQÀM


[1] Tiré de l’entrevue réalisé avec l’artiste Shaddy Cyr, 22 septembre 2013.

[2] Tiré de l’entrevue réalisé avec l’artiste Shaddy Cyr, 22 septembre 2013.

[3] Tiré de l’entrevue réalisée avec l’artiste Shaddy Cyr, 22 septembre 2013.

[4] Ibidem.

[5] Tiré de l’entrevue réalisé avec l’artiste Shaddy Cyr, 22 septembre 2013.


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