Se soumettre au genre

Charline P. William

1_mpl_meěnageĚreMénagère de moins de cinquante ans
Photo : Marianne Pon-Layus

Marianne Pon-Layus est récemment diplômée d’une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal.  Ses peintures revisitent la représentation de la femme selon les différentes périodes de l’histoire de l’art, tout en étant ancrées dans l’actualité.  Différents traitements picturaux y sont utilisés afin de créer une atmosphère inquiétante et apaisante à la fois.  Les sujets privilégiés sont des scènes où se côtoient la soumission et la domination dans un univers extrêmement féminin.  Bref, l’ambigüité est le mot d’ordre.  Une exposition lui est consacrée à la galerie Lilian Rodriguez en 2012 ainsi qu’au CDEx la même année.

La Maison de la culture Frontenac présente Mauvais Genre de Marianne Pon-Layus du 29 janvier au 2 mars, en même temps que Libre Commercio de Patrick Dionne et Mikki Gingras.  L’exposition comprend une trentaine d’oeuvres récentes de l’artiste, sur papier et sur toile.  La remarquable maîtrise technique de Pon-Layus l’amène à faire des choix esthétiques très justes.  Elle peint autant avec des lavis qu’avec de la peinture plus pâteuse.  Une grande importance est accordée au motif ; ce sont des peintures très graphiques.  Cette caractéristique ressort davantage dans le travail sur papier.  Les couleurs désaturées rappellent les tons pastel d’une chambre d’enfant.  Le regardeur perçoit d’abord le côté naïvement joli de la peinture, mais son contenu le transporte complètement ailleurs.

Il y a beaucoup de peau dans les peintures de Marianne Pon-Layus.  Ses personnages ont souvent le même visage et sont voués à des activités féminines.  Dans Ménagère de moins de 50 ans, la composition de la toile permet de voir une femme des pieds aux épaules, en train de nettoyer un plancher de cuisine.  La serpillère est probablement sa propre tête, le manche est inséré dans sa bouche, ses cheveux lavent le plancher.  Le tout a une esthétique très plastique qui s’apparente à la publicité.  De toute évidence, il s’en dégage un ton sarcastique qui laisse percevoir une intention subversive de la part de l’artiste.  On reste toutefois dans un vocabulaire symbolique de premier degré; les masques, le déguisement, les fusils, les marionnettes, le loup et la femme soumise sont des éléments maintes fois illustrés, bien ancrés dans l’imaginaire collectif, et qui sont difficiles à utiliser sans friser le cliché.  Cela n’empêche pas Pon-Layus de les utiliser de façon judicieuse : Trois petits pandas roux en est un bon exemple. Il faut mentionner également la force évocatrice de Chaise musicale, directement en lien avec les préoccupations de l’artiste. L’expression faciale des jeunes filles dans une situation banale de jeu est un moyen simple et efficace de soulever les problématiques liées à la féminité et aux relations conflictuelles qu’elle implique; la compétition, la domination, la soumission, etc.  Et ce, sans qu’aucun conte ou mascarade n’interfère avec la réalité.

Mauvais Genre – Marianne Pon-Layus
Jusqu’au 2 mars
Maison de la culture Frontenac
2550 rue Ontario Est
Métro Frontenac
Mardi – dimanche : 12h à 17h
sites.google.com/site/marianneponlayus/
www.accesculture.com

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