Fleuve, une quête d’identité renversante

Mahaut Fauquet

René Dérouin a été une de mes révélations de l’année 2014. Je ne suis pas d’ici, je ne connais pas bien les artistes québécois ou même canadiens, mais celui-là m’a frappée de plein fouet. D’autant plus que j’ai vu l’exposition complètement par hasard, en me promenant, entre deux sessions d’études intensives à la bibliothèque.

J’ai été séduite tant par sa création que par sa vie. J’ai aimé autant ses œuvres que ses citations.

L’exposition Fleuve, à la BAnQ, retrace la vie de l’artiste à travers quatre différentes phases artistiques : « Hiver », « Between », « Chapelle », « Migration ». Chacune de ces parties est exposée dans un univers bien particulier : des murs aux couleurs chaudes pour « Between », qui évoquent ses influences mexicaines (entre le Nord et le Sud), au bleu glacial de la section « Hiver » (composée essentiellement de paysages québécois).

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Photo : Michel Legendre

La quête d’une identité

René Derouin est né au Québec en 1936. Suite au décès de son père et son frère, noyés dans le fleuve Saint-Laurent, il fuit vers le Mexique pour étudier aux Beaux-Arts. Il part à la recherche d’un autre modèle de société, mais surtout à la recherche de son identité. Lorsqu’il revient au Québec, il s’installe dans  une grange-atelier à Lance-Sur-Vaudreuil où il retrouve ses paysages hivernaux. 20 ans plus tard, il retournera au Mexique pour une exposition :

« J’y retournerais avec une réponse à la question que m’avaient posée mes professeurs de l’école La Esmeralda 30 ans plus tôt:  » D’où venez-vous? « . Je venais dire aux Mexicains que j’étais l’un des leurs, formé à l’école des muralistes, que je revenais d’un grand voyage dans le Nord. »

Il arrive malheureusement dans le Sud quelques jours avant le tragique tremblement de terre du 19 septembre 1985. Persuadé qu’il allait mourir, fâché d’avoir survécu, il revit avec force la mort de sa famille, deuil qu’il n’a jamais fait. C’est le début de son projet « Migration », tentative d’en finir avec le deuil et de renouer avec ses origines.

Migration

Selon moi, la partie « Migration » est le projet phare de l’exposition. S’il n’est pas, d’un point de vue très personnel, le plus esthétique, c’est au moins le plus fou. Suite au tremblement de terre auquel il a (tragiquement?) survécu, l’artiste construit sur une période de trois ans pas moins de 20 000 pièces de céramique, des « migrants ». Après les avoir exposées, il en envoie 250 à des personnalités de la culture québécoise, accompagnées d’une lettre explicative de sa démarche. « À garder ou à offrir ». Son but est de partager avec l’autre la mémoire de nos migrations.

Le reste ? Il les a jetés dans divers endroits du fleuve Saint-Laurent, fleuve de son enfance, de son deuil. C’est pour lui autant un retour aux sources qu’une réconciliation.

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Photo : Michel Legendre

La  volonté de rendre l’art accessible

Vous l’aurez compris, je suis en amour. Non seulement je trouve ses œuvres belles, ses projets dingues, mais en plus René Derouin touche à l’une de mes idées les plus sensibles : la volonté de rendre l’art accessible. En ouvrant sa grange au public, l’artiste invite n’importe qui à visiter son atelier, à discuter avec lui. Les capsules vidéo de l’exposition révèlent une entrevue avec l’artiste, jeune, qui raconte une de ses rencontres. Je vous laisse sur ce suspense, en espérant vous avoir donné le goût de découvrir le fruit de sa production!

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