Maman(s) de Myriam Jacob-Allard

Charline P. William

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Boîtes lumineuses
Photo : Charline P. William

Pour entrer dans la salle d’exposition du centre Skol lors de l’exposition Maman(s) de Myriam Jacob-Allard, il y a un rideau à franchir. À l’intérieur, la musique country et la lumière orangée installent une atmosphère chaleureuse. Des boîtes lumineuses artisanales sont accrochées aux murs. Elles clignotent à différents rythmes et sont de différentes grosseurs. Sur chacune d’entre elles est écrit une phrase, qui débute souvent par « ma mère est… ». On a envie de les lire une à une : ma mère est criarde, elle est trop sensible, ma mère est sévère, elle s’inquiète pour rien… Ces phrases sont issues de propos recueillis auprès de plusieurs femmes et filles québécoises, mais elles pourraient évidemment se rapporter à n’importe quelle mère.

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Galerie de lumière
Photo : Charline P. William

Myriam Jacob-Allard s’intélebresse à la culture country-western québécoise qu’elle met en relation avec les mythes entourant la figure maternelle. Des installations vidéo sont présentées dans les salles, reprenant des chansons de Marie King et de Soldat Lebrun et mettant en scène une mère-soldat jouée par l’artiste. Les costumes, la mise en scène et le processus de fabrication des boîtes lumineuses sont apparents et assumés, ce qui donne un ton humoristique aux œuvres. Leur simplicité marque la justesse du propos de l’artiste, qui relève autant de l’hommage que de la parodie.

L’utilisation des mots dans le travail de Jacob-Allard est judicieuse. Les paroles des chansons renvoient au mythe de la mère sacrifiée ou divinisée et illustrent la construction d’un héros dans l’imaginaire collectif, tandis que les phrases sur les boîtes lumineuses renvoient à la perception qu’ont souvent les enfants par rapport à leur mère. Cela évoque le paradoxe du statut de la mère, entre le sacrifice quotidien héroïque et l’omniprésence presque dérangeante du comportement maternel dans la vie de sa progéniture.

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Soldat Lebrun
Photo : Charline P. William

Lors de la Nuit Blanche de Montréal en 2014, Antonia Hernández, Florence S. Larose et Myriam Jacob-Allard ont collaboré sur l’installation performative C’est le karaoké qui a tué le country. Les visiteurs étaient invités à interpréter une chanson country. Des projections étaient également présentées lors de la soirée.

Myriam Jacob-Allard étudie présentement à la maîtrise en arts visuels et médiatiques à l’Université du Québec à Montréal. Sa pratique se concentre en performance, en installation et en vidéo. Après Renaissance no 6 chez Georges Laoun Opticien à l’occasion du OFFTA en 2011 et Country en trois temps au sous-sol de l’église St-Édouard en 2009, Maman(s) est sa troisième exposition solo, présentée dans le cadre de la programmation Artiste en des temps dangereux, qui s’échelonne sur deux ans au centre Skol. Cette thématique a pour but de créer des échanges sur le statut « progressiste » de l’artiste, de même que sur la notion de révolte à une époque où la valorisation de l’individualité est à son paroxysme.

Maman(s) – Myriam Jacob-Allard
28 février – 29 mars 2014
Centre des arts actuels Skol
372 rue Sainte-Catherine Ouest, espace 314
Métro Place-des-arts
Mardi-samedi 12h-17h30

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