Hugo Bergeron et François-Xavier Marange à la Maison de la culture Frontenac

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Ceux que l’on croise
Guy L’heureux

Charline P.William

La Maison de la culture Frontenac présente jusqu’au 19 avril Au bord du précipice, l’eau me semble froide de Hugo Bergeron ainsi que Ceux que l’on croise, exposition posthume de François-Xavier Marange. L’oeuvre des deux peintres démontre la rigueur de leur démarche artistique respective, qui dans les deux cas traite entre autres de la matérialité de la peinture.

Les diverses techniques picturales employées par Bergeron, qui varient du hard edge aux écoulements de peinture, sont savamment utilisées afin de créer une tension entre l’univers strictement pictural et le paysage imaginaire représenté. Des éléments sont récurrents dans ses oeuvres, soit les grilles et la structure architecturale, faisant référence à l’édifice. Par le biais d’espaces « vacants et interchangeables », l’artiste nous plonge dans un univers urbain, dont la qualité de la représentation impressionne. Les colorations choisies sont exubérantes et riches en contrastes, qui sont accentués par une lumière si crue qu’elle semble provenir d’un soleil artificiel.

Hugo Bergeron est diplômé d’un baccalauréat en arts visuels de l’Université du Québec à Montréal. Il est représenté par la Galerie Graff depuis 2008. Il a été finaliste au douzième concours de peintures canadiennes RBC et a participé au Projet peinture à la galerie de l’UQAM en 2013. La Maison de la culture Frontenac lui offre, pour la première fois, la possibilité d’investir entièrement un espace afin d’y mener un projet à terme, plutôt que de le restreindre à présenter un échantillon de sa production. En effet, l’artiste réfléchit l’exposition comme une installation, exploitant les défauts de la salle pour les intégrer dans la présentation de ses peintures. Une série de toiles est placée autour d’une trappe encadrée dans le mur, dont on accepte la présence puisqu’elle se confond presque avec les œuvres d’art. Une porte de sortie est également entourée de deux toiles de grand format, comme si l’espace occupé par la porte devenait une toile également. Des blocs de béton, qui sont en fait des carottes de plancher, sont disposés dans le milieu de la salle. Bergeron les a trouvés, puis les a utilisés comme sujets de ses œuvres, et a choisi de les transporter dans la salle d’exposition. Selon l’artiste, il ne s’agit pas tout à fait de sculptures. Cette intervention est intéressante, mais pourra éventuellement être approfondie dans les prochaines expositions.

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Au bord du précipice
Guy L’heureux

La peinture de François-Xavier Marange est très sobre, un seul élément est peint sur un fond uni. Marange peint sur de la toile, mais elle est recouverte de tellement de couches de peinture qu’on perd la nature de la surface. Le fini est mat et sableux, il fait penser à du ciment ou à de la céramique. Les formes peintes sont toutes en relief, l’accumulation de matière permet à l’artiste d’exercer un jeu de textures très vivant. Une certaine nervosité s’en dégage, la forme rappelle parfois des organismes unicellulaires, une collection encyclopédique d’êtres vivants issus de l’imagination de l’artiste.

Le travail de Marange rend hommage à la matière. Les toiles sans encadrement laissent voir la toile brute et les bavures de la peinture ainsi que son accumulation, et permettent par le fait même d’accéder à cet éloge de la matière beaucoup mieux que celles qui sont encadrées. On se retrouve alors dans l’image, tandis que les œuvres se définissent plutôt en tant qu’objets. Contrairement à beaucoup d’artistes contemporains, Marange intègre sa signature sur la surface picturale, soit un acronyme de son nom (FXM), dans un encadré rouge. Le petit logo étampé sur les toiles, combiné à la surface à l’aspect cimenté, nous transporte dans un environnement urbain en rappelant les « tags » des graffiteurs.

François-Xavier Marange est originaire de France et est arrivé à Montréal en 1982. Avant de s’intéresser à la peinture, il a appris l’impression en taille-douce aux Ateliers Leblanc. Il a également supervisé la construction des grandes presses de l’Atelier Circulaire à Montréal. Ayant participé à plus d’une cinquantaine d’expositions collectives au Canada et en Europe, l’artiste a également exposé en solo notamment à Montréal, Ottawa, Vienne et Paris.

Hugo Bergeron et François-Xavier Marange
Maison de la culture Frontenac
2550 rue Ontario Est
Métro Frontenac
Mercredi-vendredi : 11h-17h30, samedi : 12h-17h
http://www.accesculture.com

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