Terror and Beauty : Francis Bacon et Henry Moore au AGO

Par Charline P. William

Francis Bacon

Francis Bacon, Study for Portrait on Folding Bed, 1963

Bien que les thématiques respectives du travail de Francis Bacon et de Henry Moore soient différentes, la représentation du corps, souvent déformé, est une caractéristique commune de leur œuvre. L’Art Gallery of Ontario, par l’exposition Terror And Beauty, amène le public à établir des liens entre la pratique du peintre et du sculpteur, notamment par un montage judicieux qui rend compte de la diversité de leur oeuvre.

Francis Bacon, Three Figures and a Portrait, 1975

L’exposition débute par une ligne du temps relatant des événements biographiques qui ont marqué les préoccupations des artistes. Bacon et Moore ont vécu en Europe à l’époque de la Première et de la Deuxième Guerre Mondiale. Bacon, à cause de son asthme chronique, ne peut participer à la guerre en tant que soldat, il est donc engagé pour distribuer les masques à gaz à ceux qui iront au combat. Pour sa part, Moore observe les citoyens cachés dans le métro de Londres lors des bombardements du Blitz en 1940. Il fait des croquis des gens qui dorment dans les souterrains, inspiré par les postures des corps. Ses sculptures, remarquables par la richesse des formes humanoïdes réinterprétées, détournent les matériaux employés. Nombre d’entre elles sont faites en bronze, mais la plupart sont faites de plâtre, dont la finition et les textures particulières portent à croire qu’il s’agirait plutôt de bois ou de pierre. Ce qui surprend toutefois le plus de son travail, ce sont ses dessins, des petits formats aux techniques mixtes et aux textures multiples, dont la beauté et la sensibilité sont presque terrifiantes.

Il vaut la peine de voir les tableaux de Francis Bacon en vrai pour réellement apprécier le travail de couleur de l’artiste, de même que la matérialité de la peinture et de la toile, qui renvoient le regardeur à l’idée de la chair de façon poignante. Les grands formats employés par l’artiste englobent les visiteurs dans les cages peintes autour des personnages déformés. On s’attend évidemment à y voir le fameux triptyque Trois personnages au pied d’une crucifixion de 1944, mais seule la version de 1978 est présente, impressionnante par la profondeur du fond d’un rouge foncé. L’exposition s’est terminée le 20 juillet dernier.

Photo: Michel Muller

Henry Moore, Maquette for Strapwork Head, 1950

Lors d’une visite au AGO, il faut passer par l’incontournable collection d’art canadien. Les nombreuses salles d’exposition retiennent longuement le visiteur en lui offrant plusieurs tableaux de différents artistes, regroupés par époque et par courant, permettant une compréhension très claire de leur démarche et de l’évolution qui s’est produite à travers le temps. La collection amène également des découvertes de peintres moins représentés au Québec, comme William Kurelek, par exemple. Seul bémol; dans le centre des salles sont parfois disposés dans une vitrine des pièces d’artisanat amérindien qui s’intègrent difficilement aux expositions…

Une exposition fort intéressante, Fan the Flames : Queer Positions in Photography, présente des photos dont les dates s’étalent sur la totalité du vingtième siècle. Certaines photographies en noir et blanc argentique retracent la vie de Claude Cahun avec sa conjointe, alors qu’une pochette de Vanity Fair représente K.D. Lang déguisée en homme dans un salon de barbier, se faisant raser par Cindy Crawford. Plusieurs vidéos sont aussi présentées, ainsi que des entrevues avec une conservatrice et une artiste de l’exposition, qui est à l’affiche jusqu’au 7 septembre 2014.

Helmet Head and Shoulders

Henry Moore, Helmet Head and Shoulders, 1952

Il n’est pas impossible de passer une journée au complet dans l’Art Gallery of Ontario. L’architecture à elle seule mérite une longue contemplation, et la variété des nombreuses galeries retient perpétuellement l’attention. On en oublie même les heures qui passent!

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