Vague d’émotions au World Press Photo

Par Amy Éloïse Mailloux

01_John Stanmeyer

Migrants, John Stanmeyer, Etats-Unis, VII pour National Geographic
Avec l’aimable autorisation de la Fondation World Press Photo

Le World Press Photo est un concours visant à mettre en valeur l’excellence en terme de photojournalisme et ce, depuis 1955. Cette année encore, les 150 photographies gagnantes du concours sont présentées à Montréal, au marché Bonsecours. Les sujets sont variés et propres aux artistes, qui peuvent obtenir la mention bronze, argent ou or dans diverses catégories. Cet automne, on peut donc y voir des photos de 45 pays différents.

Rana Plaza Collapse: Death of A Thousand Dreams

Talisma Akhter, Bangladesh, 3e prix Spots d’information photos isolées
Avec l’aimable autorisation de la Fondation World Press Photo

C’est dans cette salle d’exposition inusitée que se produit, chaque automne, une réunion de réalités. En effet, bien que parfois biaisées par un point de vue des photographes ou même par le contexte dans lequel elles sont prises et exposées, chacune de ces photos représente une réalité qui peut nous être connue ou non. Dans son éditorial, le commissaire et producteur Matthieu Rytz repère dans la sélection un thème qu’il appelle le dialogue migratoire[1]. On constate dans l’actualité de 2013-2014 que la migration est devenue le mode de vie de milliers de gens : soulèvements politiques, guerres et catastrophes environnementales en étant quelques causes. La Photographie de l’année représente bien ce thème. Prise à Djibouti par John Stanmeyer, l’éloquente Migrants nous montre des migrants africains sur une plage de Djibouti, face à une mer illuminée seulement par le clair de lune, tenant leurs cellulaires au bout de leurs bras à la recherche d’un signal pour contacter leurs proches à l’étranger. En pleine nuit, seuls dans le clair de lune, ceux-ci se raccrochent à un lien ténu sur le point de disparaître suite à leur migration.

PHILIPPINES-WEATHER-TYPHOON

Philippe Lopez, France, Agence France-Presse, 1e prix Spots d’information photos isolées
Avec l’aimable autorisation de la Fondation World Press Photo

Le monde est petit, pour reprendre l’expression, et avec nos réalités médiatisées, nous sommes généralement au courant de l’actualité internationale. Toutefois, ce que le World Press Photo nous amène à voir, ce sont les gens qui se trouvent au coeur des événements qui parsèment nos journaux, nos écrans de télévision et nos réseaux sociaux. Ce focus sur les protagonistes de l’actualité nous ramène à la réalité, plutôt qu’à des brèves d’information incomplètes. Il est toujours troublant d’entendre parler de catastrophes naturelles, des effets pervers d’esprits en peine ou encore d’apprendre une pratique culturelle d’ailleurs qui nous semble barbare, mais il s’agit d’informations et de faits qu’il est simple de mettre de côté. Toutefois, d’être confronté à la vue de Philippins n’ayant plus rien que leur foi suite au typhon Hayan, ou encore à celle de deux individus enlacés, décédés dans les ruines de la Rana Plaza[2] ou finalement à un homme sur le point de frapper sa conjointe devant sa fille, tout cela nous fait vivre une vague d’émotions plus sincère que tous les mots des médias réunis.

Je n’oublierai jamais une image de Farah Abdi Warsameh, gagnant du second prix de la catégorie General News Stories au World Press Photo de 2010, où un homme, condamné à la lapidation après avoir été reconnu coupable d’adultère, subissait son sort dans une série de quatre photographies[3]. Tristesse, amertume, frustration, désespoir; toutes ces émotions, et plus encore, m’ont envahie et me poussent, chaque année, à aller voir les gagnants et à découvrir de nouvelles réalités et de nouvelles émotions.

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Sara Naomi Lewkowicz, Etats-Unis, Time, premier prix sujets contemporains reportages
Avec l’aimable autorisation de la Fondation World Press Photo

Cette exposition nous fait vivre un réel choc culturel. Pourtant, ceci n’est pas nécessairement une mauvaise chose : en plus de nous ouvrir les yeux, le World Press Photo nous permet aussi de voir de vraies merveilles et des points de vue tout à fait originaux, comme les photographies sportives de Kunrong Chen ou encore celles des singes bonobos de Chrisitan Ziegler. Quoiqu’il en soit, il est certain qu’on ressort du World Press Photo avec les yeux grands ouverts.

Malgré tout, d’autres peuvent êtres ressenties : Émerveillement face au point de vue original des photos sportives de Kunrong Chen, (Chine, 2e prix dans la catégorie Sports Features, stories) face aux reproductions du reportage animalier sur les singes bonobos de Christian Ziegler (Allemagne, 3e prix nature) et plus encore.

World Press Photo
Jusqu’au 28 septembre
Marché Bonsecours
325, rue de la Commune Est
Métro Champ-de-Mars
Dimanche – mercredi : 10h à 22h, jeudi – samedi : 10h-00h

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[1] Matthieu Rytz, « Le dialogue migratoire », World Press Photo, 2014.

[2] Le Rana Plaza était un édifice où se trouvaient les ateliers de cinq usines de textiles différentes. Le 24 avril 2013, l’immeuble s’est effondré et on estime qu’environ 30% des gens étant dans l’immeuble en cette journée y sont décédés.

[3] Farah Abdi Warsameh, Archives de World Press Photo, 2010. < http://www.archive.worldpressphoto.org/search/layout/result/indeling/detailwpp/form/wpp/q/ishoofdafbeelding/true/trefwoord/photographer_formal/Abdi%20Warsameh%2C%20Farah?id=wpp%3Acol1%3Adat10098>. En ligne, consulté le 19 septembre 2014.

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