Le musée d’un grand romantique, Delacroix

Par Patricia Bérubé

Figure emblématique de l’art du dix-neuvième siècle, le peintre Eugène Delacroix (1798 – 1863) aura su laisser sa marque en s’illustrant comme chef de la nouvelle école romantique française. À la fin de sa vie, désireux de poursuivre son œuvre malgré la maladie, l’artiste s’installe rue de Furstenberg, se rapprochant ainsi de l’église Saint-Sulpice dans laquelle on l’a chargé de décorer une chapelle. C’est dans cet appartement,  dont il apprécie beaucoup, selon plusieurs mentions dans son journal, le confort et le jardin privatif menant à son atelier, qu’il terminera ses jours en 1863.

delacroix_image1_patricia_berube

Crédits : Nicolas Billardon

Musée

Afin d’éviter la destruction de l’atelier du peintre, un amateur d’art, deux historiens spécialistes de Delacroix et quelques artistes, parmi lesquels on trouvait alors Paul Signac et Maurice Denis, fondent la Société des Amis d’Eugène Delacroix. Leur intervention permettra la sauvegarde intégrale de l’atelier et la transformation de l’appartement en musée. Depuis, cette société s’emploie à la protection et à l’étude de tout ce qui se rapporte à l’artiste, mettant ses archives à la disponibilité des chercheurs. En 1971, l’établissement devient un musée national, et ce n’est qu’en 2004 que le musée Eugène Delacroix s’associe au Louvre.

delacroix_image6_patricia_berube

Crédits : Patricia Bérubé

Jardin d’époque

Suite à une première rénovation du jardin peu représentative de la réalité de l’époque, le jardinier en chef des Tuileries, Pierre Bonnaure, orchestre la métamorphose des jardins en 2012. C’est dans ce jardin de 400 m2 qu’Eugène Delacroix fit construire son atelier, afin de remplacer celui qu’il avait laissé en déménageant de la rue Notre-Dame-de-Lorette. La rénovation de Bonnaure est fidèle aux écrits du peintre qui décrit son jardin à la floraison généreuse. De surcroît, la rénovation de 2012 a l’avantage de présenter une relecture plus juste des documents officiels ayant appartenu au jardinier de Delacroix et datant du 26 novembre 1857.

delacroix_image2_patricia_berube

Crédits : Nicolas Billardon

delacroix_image5_patricia_berube

Crédits : Patricia Bérubé

Atelier du peintre

Sanctuaire privilégié d’un artiste au crépuscule de sa vie, j’ai été, au moment d’entrer dans l’atelier de Delacroix, assaillie par une vague d’émotions indescriptible. En effet, il est impossible de ne pas être ému en franchissant le seuil du lieu dans lequel le maître a réalisé son dernier tableau. Témoins du quotidien de l’artiste, quelques vitrines exposent des palettes de peinture, des pinceaux et des notes lui ayant appartenu, ainsi que quelques-uns de ses dessins. Les murs, quant à eux, accueillent plusieurs tableaux du peintre, mais également d’autres artistes, contemporains et postérieurs, en lien avec lui. D’immenses fenêtres percent les murs et le plafond de la pièce, ainsi baignée d’une incroyable lumière naturelle. On retrouve ainsi dans cet atelier, niché dans son écrin de verdure, tout le sens du détail de Delacroix, qui savait sans doute que celui-ci serait son dernier.

delacroix_image3_patricia_berube

Crédits : Nicolas Billardon

Expositions

Bénéficiant de deux espaces distincts, soit l’appartement et l’atelier, le musée Eugène Delacroix dispose d’une flexibilité plutôt intéressante afin de planifier son calendrier. Avec une telle disposition, il est en effet possible de présenter deux expositions en parallèle, ce qui est plutôt inusité pour un musée de cette taille. Ainsi, au moment de ma visite, l’appartement présentait une exposition de dessins et de gravures ayant pour thème l’œuvre de Shakespeare. Dans l’atelier, l’exposition Les animaux font le mur, célébration du 20e anniversaire de la Galerie de l’Évolution du Muséum national d’histoire naturelle mettait quant à elle l’accent sur la passion qu’Eugène Delacroix avait envers les félins. Désirant souligner cette thématique importante dans l’œuvre du peintre, les commissaires ont fait preuve d’originalité dans la conception de l’exposition. Ainsi, sous le dernier tableau de Delacroix, représentant une lionne à l’affut, on retrouve un fauve empaillé, adoptant la même posture. D’autre part, en étant associé au Louvre, l’établissement dispose d’un accès privilégié à de nouvelles ressources ainsi qu’à ses inestimables collections. À ce propos, la nouvelle exposition, Objets dans la peinture, souvenir du Maroc, présentera un catalogue publié par les éditions du Louvre/Le Passage.

delacroix_image4_patricia_berube

Crédits : Nicolas Billardon

Artiste culte de son époque, boudé par certains, adulé par d’autres, l’influence d’Eugène Delacroix est sans équivoque. Sa portée s’étend de Cézanne à Picasso et résonne encore aujourd’hui dans le cœur de nombre d’artistes qui admirent la puissance de son œuvre et sa maîtrise de la couleur. Grâce à sa programmation riche et sans cesse renouvelée, le musée Delacroix réussit à retenir l’attention des visiteurs et cela, malgré la petite taille de l’établissement. Pour ma part, j’y reviendrai pour la qualité des expositions, le petit nombre de visiteurs et l’accueil chaleureux, un miracle à Paris.

Musée national Eugène Delacroix
6 rue de Furstenberg, Paris, 75 006
Mercredi-dimanche : 9h30 à 17h00

http://www.musee-delacroix.fr/fr/le-musee/atelier-au-musee/presentation

Publicités