Janet Werner : réflexion sur l’idéalisation du corps

Par Catherine Lafranchise

L’exposition Drop, drop slow tears, présentée à la galerie PARISIAN LAUNDRY, met de l’avant le travail pictural de l’artiste Janet Werner. Dans cette exposition, l’artiste explore les thèmes de la représentation, de la subjectivité et du désir tout en étant fortement inspirée par la mode.

Remise en question de l’idéal féminin

Les œuvres de Werner se construisent toutes de la même façon : une protagoniste isolée dans un lieu indéterminé. Ainsi, elle place ses personnages dans une position de contemplation et dépersonnalise leur représentation. En amplifiant ou en diminuant certains détails de leur physionomie, l’artiste nous amène à réfléchir aux idéaux de beauté dictés aux femmes par la société. Par exemple, dans l’œuvre Smoker, c’est une image idéalisée, frôlant presque la difformité que Werner nous présente. Cette toile montre une dualité entre l’idéal féminin et le corps réel de la femme.

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Smoker (2014) & Raizie (2014)
Crédits : Guy L’Heureux

L’artiste joue avec l’absurdité des idéaux féminins promus par le système de la mode. Elle critique, par l’entremise de ses toiles, les pressions physiques suggérées par ce système. Le lien avec le monde de la mode est évident, car elle y reprend la composition des photographies de magazines : elle place ses protagonistes dans un décor sans repère, forçant donc le regard vers les vêtements portés. De cette façon, il est difficile de considérer ses toiles comme des portraits car, en réalité, elle ne dépeint pas le physique d’une personne en particulier, mais plutôt un idéal à atteindre. L’œuvre Raizie montre bien la démarche de dépersonnalisation faite par l’artiste.

À sa manière, son coup de pinceau en vient presque à critiquer l’utilisation accrue du logiciel Photoshop dans le domaine de la mode. Werner s’inspire dans ses toiles de la culture populaire, du cinéma et de la peinture d’histoire[i]. On pourrait donc faire un parallèle entre ses peintures et les portraits d’époque de l’aristocratie ou de la bourgeoisie : ses œuvres seraient en quelque sorte une critique de ces portraits dans lesquels on se réservait bien de ne dépeindre aucun défaut physique apparent pour suggérer un physique idéal.

Narration du récit : création d’une ambiance

Dans la galerie, Werner se sert de la musique pour donner un certain rythme à ses toiles. Cette dernière donne une atmosphère lounge au lieu, ce qui place le visiteur dans un état d’esprit particulier, de telle sorte qu’il est plus facile d’admirer les œuvres et de totalement plonger dans l’univers de l’artiste. Puis, elle joue avec la notion de désir dans ses œuvres en représentant parfois les attributs de ses protagonistes, sans toutefois frôler la vulgarité.

Altérer les corps pour critiquer les idéaux

Werner altère les corps des personnages présentés pour critiquer le système de la mode et les idéaux de beauté du corps féminin. L’œuvre Girlfriend sert bien ses propos. Dans cette image, seul le corps, portant les vêtements, n’est pas altéré par les coups de pinceau. Le visage se trouve brouillé et indéfini, pour critiquer le système de la mode et la fonction presque accessoire des mannequins. Ainsi, elle fractionne l’identité du sujet pour n’être qu’un support pour les vêtements et non plus un portrait en soi.

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Girlfriend (2014)
Crédits : Guy L’Heureux

Dans ses œuvres Moriah et Carey, l’artiste applique le même procédé, en effaçant cette fois complètement le visage de ses modèles. Seuls les cheveux restent, ne laissant aucun espace pour le faciès. La rupture créée par ces images se veut symbolique de sa critique envers le système de la mode.

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Moriah (2015) & Carey (2014)
Crédits : Guy L’Heureux

Finalement, l’exposition est très bien pensée et l’accrochage est fait de manière à donner un certain rythme d’une toile à l’autre. Une fois de plus, Werner montre l’étendue de son talent et se renouvelle en critiquant le système de la mode et l’idéalisation du genre féminin. En nuançant ses propos dans ses œuvres, l’artiste nous amène à questionner les idéaux imposés à la gente féminine.

Drop, drop slow tears – Janet Werner
Jusqu’au 14 février 2015
Parisian Laundry
3550, rue Saint-Antoine Ouest
Métro Lionel-Groulx
Mardi – samedi : 12h à 17h

 

[i] Propos recueillis dans le communiqué de presse diffusé par la galerie PARISIAN LAUNDRY.

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