Havre, berceau de l’Impressionnisme

Par Patricia Bérubé

Forte d’un riche passé, la ville du Havre et ses falaises avoisinantes constituent le berceau des grands peintres impressionnistes. Comment un lieu peut-il avoir inspiré les grands maîtres tels que Monet, Dufy, Renoir, Pissarro, Sisley et Degas ? Après y avoir passé quelques jours, je le comprends aisément car cette ville est tout simplement unique. En effet, cette partie de la Haute-Normandie possède une lumière sans cesse changeante, de superbes ciels et la mer y est omniprésente. La combinaison de cette luminosité particulière et de ces vastes étendues bleutées constitue un milieu propice à l’éclosion du style impressionniste. Ainsi, les variations de densité de la lumière et les mouvements des nuages donnent l’impression que la mer est composée de vastes aplats de couleurs, passant d’un bleu outremer au turquoise, en passant par le vert ou encore le noir profond. Face à ce miroitement de couleurs, j’ai tout compris. Comment, en effet, ne pas saisir le défi qui a animé tous ces peintres ? En véritables génies, ces artistes ont su capter l’essence de la Haute-Normandie en trouvant le juste équilibre entre la fragmentation des touches et la dominance du bleu.

Face à la mer se dresse le Musée d’art moderne André Malraux (MuMa), facilement reconnaissable à son architecture originale. Bien qu’on y trouve une des plus grandes collections d’art impressionniste en France, le musée d’art moderne André Malraux demeure peu connu.

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Bord de mer, le Havre
Crédits : Patricia Bérubé

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Vue portuaire, le Havre
Crédits : Patricia Bérubé

Coup de cœur : Paysage, Antibes par Nicolas de STAËL

Parmi tous ces chefs-d’œuvre, il m’est impossible de nier avoir été très touchée en admirant certaines œuvres connues de Renoir, de Monet, de Dufy, ou encore de Courbet. Si j’ai certes pu prendre de superbes clichés de ces tableaux grâce à mon appareil photo, rien ne saurait rendre justice à de tels bijoux. Néanmoins, j’ai choisi de vous présenter mon coup de cœur, une œuvre que je ne connaissais pas avant ma visite. Paysage, Antibes, réalisé en 1955 par le peintre Nicolas de Staël, illustre un paysage presque abstrait. Le ciel occupe plus de la moitié du tableau et le bleu utilisé par l’artiste est magnifié par les subtiles touches de jaune et d’orangé qui composent les montagnes plus bas. La simplicité de la composition s’avère très efficace et on sent bien que Nicolas de Staël a peint cette œuvre d’une façon instinctive, rapide. Cette œuvre m’inspire un sentiment de liberté, de calme inexplicable. Peut-être est-ce dû au contraste des couleurs froides et de l’encadrement en bois plus chaleureux ou encore à son ciel rappelant la Provence ?

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Paysage, Antibes par Nicolas de STAËL
Crédits : Patricia Bérubé

Le MuMa, un lieu contraignant pour la conservation des œuvres

Résultat d’une collaboration entre quatre architectes et quatre ingénieurs, le musée présente une structure alliant l’acier et le béton permettant ainsi de maximiser l’emploi du verre. Comme cinq de ses faces sont entièrement vitrées, l’édifice est baigné d’une lumière naturelle et offre à ses visiteurs une vue imprenable sur la mer. Écrin de verre pour une collection inestimable, ce bâtiment n’est pourtant pas sans faille. En discutant avec la conservatrice, celle-ci a admis que cette caractéristique pourtant essentielle du musée commençait à leur causer quelques soucis au niveau de la conservation des œuvres. Ainsi, bien qu’ils aient recours à des toiles semi-transparentes pour réduire l’impact des rayons UV, la luminosité demeure trop intense dans cette vaste aire ouverte. Pour éviter d’endommager les tableaux, une autre stratégie a été de les placer perpendiculairement aux façades vitrées afin de les protéger. Malheureusement, le MuMa fait face à un réel dilemme puisque son architecture a été pensée et voulue pour  permettre à un éclairage naturel de mettre en valeur ce type de tableaux. En effet, la  lumière naturelle convient parfaitement aux toiles impressionnistes, puisqu’elle rappelle la luminosité de l’environnement dans lequel elles ont été réalisées.

Ainsi, la question demeure en suspens : Combien de temps encore ces tableaux de grands maîtres pourront-ils supporter cette vive combinaison de lumière zénithale et latérale? Faudra-t-il revoir l’architecture du bâtiment dans son ensemble ou encore choisir de déplacer les œuvres dans un lieu plus propice à leur conservation? L’éternel débat entre la diffusion de ces œuvres auprès du plus grand nombre possible et la conservation de la plus grande collection d’œuvres impressionnistes en France est donc loin d’être clos.

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Musée MuMa, le Havre
Crédits : Patricia Bérubé

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Vue d’un vernissage, musée MuMa
Crédits : Patricia Bérubé

En attendant de trouver une issue à ce débat, je vous encourage à jeter un coup d’œil au site web du musée, question de mieux cerner la richesse de sa collection. De plus, si à tout hasard vous avez l’occasion d’être en France, n’hésitez pas à faire un saut au Havre, la visite du MuMa en vaut grandement le détour.

Musée d’art moderne André Malraux – MuMa
2, boulevard Clemenceau
 Le Havre, 76600
Lundi : 11h à 18h, mercredi-vendredi : 11h à 18h, samedi-dimanche : 11h à 19h

http://www.muma-lehavre.fr/fr

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