Voir l’image autrement dans le travail de l’artiste plastigraphe Emilie Mercier 

Par Johanne Marchand

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Saline par Emilie Mercier, 2013
Crédits : Emilie Mercier

« J’aime l’immensité de la nature face à l’homme. L’aspect du sublime m’a toujours intéressée et le rapport au corps aussi, même en photographie ou par d’autres médiums[i] ».
-Emilie Mercier

Les inspirations de l’artiste et l’aspect du sublime
Ces propos, de la part d’Emilie Mercier, artiste-plastigraphe, résument bien ce que le regardant peut ressentir devant ses œuvres. Elle mentionne également aborder quelques particularités du sublime, sans toutefois être complètement dans le concept. Elle se réapproprie plutôt l’idée de la singularité, de la grandeur et le sentiment de l’inaccessibilité et de l’immensité de la nature. En effet, les inspirations de Mercier comprennent la nature, la présence humaine dans l’espace, le rapport avec autrui et même l’intimité. On peut même ajouter que : « toutes ses œuvres sont le reflet sensible de sa vision des choses[ii]. » Il ne s’agit pas seulement de reproduire ce que l’artiste voit, mais d’offrir au spectateur une autre vision des choses. La plupart de ses œuvres déclenchent un sentiment de contemplation, d’étonnement et de respect, presque un moment de médiation où l’amateur d’art peut admirer une beauté méditative et être touché par la qualité émotive du travail de Mercier.

Les expériences et le parcours d’Emilie Mercier

Cette travailleuse autonome est arrivée dans le paysage culturel depuis peu, possédant une expérience de quatorze ans en photographie ainsi qu’une formation collégiale en arts plastiques au Cégep du Vieux-Montréal, avant de compléter une formation en psychologie, ainsi qu’une majeure en photographie, à l’Université Concordia. Elle cumule de multiples expériences professionnelles et artistiques, dont un projet artistique à Natashquan, lors des Rencontres de création de Natashquan[iii]. Cet événement permet de rassembler environ quinze artistes en arts visuels qui doivent réaliser une œuvre, inspirée du lieu, pour ensuite la redonner aux villageois. C’est cette idée de créer une œuvre dans un nouvel environnement d’échange et de partage qui a intéressé Emilie Mercier, qui y a lancé son premier livre de photographies personnelles, directement lié à la mémoire. Un livre complètement réalisé par l’artiste, intitulé Projet sur ma mère. Sur cet ouvrage, elle mentionne que « ce livre fût la conclusion d’un travail personnel sur les souvenirs d’enfance de ma mère ainsi que sur ma relation avec elle. Une œuvre plutôt personnelle, mais qu’il m’a vraiment fait plaisir de donner au village[iv]. »

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Mémoire reconstituée : projet sur ma mère, livre d’art, 2013.
Crédits : Emilie Mercier

Cette idée de création et de dialogue réside dans les réalisations de Mercier, qui joint sa vie personnelle, ainsi que sa sensibilité, à certains aspects de sa pratique. Ce dévouement à son monde affectif nous permet de voir, en tant que spectateur, une autre vision de l’artiste qui nous dévoile sans artifices sa vulnérabilité et sa propre personne à l’état brut.

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Emilie Mercier, octobre 2014
Crédits : Johanne Marchand

Selon elle, sa technique de travail lui permet une grande liberté dans l’utilisation de diverses surfaces : « Je ne suis pas peintre ou simplement une photographe, je travaille une mixité de médiums qui me permettent de travailler sur n’importe quelle surface poreuse dont le tissu, le mur, le bois, et plus encore. Cela me permet de créer des petits objets abordables que les gens pourront réutiliser par la suite[v]. »

Une technique retravaillant l’image, la Plastigraphie

La technique encore méconnue qu’utilise Emilie Mercier, qui se nomme la plastigraphie, se définit selon l’artiste par une transformation plastique de l’image[vi]. C’est un procédé qui se résume à du transfert d’image sur toute surface poreuse. L’image transférée est en partie fragmentée et ensuite retravaillée, sans toutefois effacer les découpures. Les parties séparées de l’image avec les textures et les détails du support en bois ajoutent ainsi une certaine profondeur, selon l’artiste. Celle-ci affectionne particulièrement d’utiliser le grand format, qui permet un bel effet sur les affects du corps, et de se sentir submergée par celui-ci. Elle ne procède pas non plus par imitation ou par reproduction exacte d’une photographie ; elle peut reproduire une même image plusieurs fois également, ce qui entraîne d’autres sortes de motifs, dont des taches, des lignes et des contrastes de luminosité. Ce savoir-faire avec l’image plaît de plus en plus aux adeptes d’œuvres d’art qui passent des commandes pour des œuvres réalisées à la plastigraphie. Emilie aime particulièrement ce type de production plus personnalisé. Elle souhaite d’ici trois ans vivre de son art et pouvoir encore avoir une totale liberté dans son emploi du temps, car elle aimerait de temps en temps effectuer une escapade dans les régions du Québec, dont la Gaspésie. Ses inspirations sont souvent liées à son environnement et elle puise en elle-même ses idées et ses images. D’ailleurs, elle relève que « ce sont des gens qui m’inspirent à un moment précis, souvent. Les shootings ne sont pas particulièrement organisés[vii]. »

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Love, par Emilie Mercier. Plastigraphie à même le mur, 2014
Crédits : Emilie Mercier

Véritable artiste de l’esthétique du sensible, de la captation instantanée du moment et du sublime, je vous invite à consulter son profil sur le site Art Bang Bang[viii] et également à aller voir son portfolio rempli d’œuvres plastigraphiques et de photographies. Cela montre un bel aperçu de ce que peut réaliser l’artiste. Autre fait intéressant, elle peut également réaliser une plastigraphie grand format à même votre mur ! Faites vite, car l’artiste est très en demande.

https://www.artbangbang.com/EmilieMercier/257
https://www.facebook.com/emiliemercierplastigraphehttps://www.facebook.com/emiliemercierplastigraphe
emilie.mercier@gmail.com

[i] Emilie Mercier, dans une entrevue avec Johanne Marchand, octobre 2014, enregistrement Mp3.
[ii] Ibid.
[iii] Rencontres de création de Natashquan, 2013, en ligne. <http://rdcnatashquan.tumblr.com/post/58250911765/les-arts-visuels>. Consulté le 20 novembre 2014.
[iv] Ibid.
[v] Emilie Mercier, dans une entrevue avec Johanne Marchand, op. cit.
[vi] Emilie Mercier, Ibid.
[vii] Ibid.
[viii] À consulter : Johanne Marchand, « Habitez les murs ave ART BANG BANG », Revue Ex_situ, En ligne, 6 novembre 2014. <https://revueexsituuqam.wordpress.com/2014/11/06/habitez-les-murs-avec-art-bang-bang/>.

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