Bonnard à Orsay

Par Patricia Bérubé

Présentée au musée d’Orsay, à Paris, jusqu’au 19 juillet 2015, l’exposition Pierre Bonnard, peindre l’Arcadie constitue une rétrospective de la carrière de ce peintre moderne. Faisant écho aux nombreuses expositions sur Bonnard organisées un peu partout dans le monde, celle-ci comprend des œuvres de tous les formats, allant de la scène intime du bain aux panneaux décoratifs. Inspiré par Gauguin et les estampes japonaises, Pierre Bonnard (1867-1947) développe un style décoratif composé d’un amalgame de motifs, de taches et de lignes. Compte rendu de cette exposition haute en couleur.

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Crédits : Patricia Bérubé

Belle rétrospective

Rassemblant un grand nombre d’œuvres témoignant de l’évolution du style de Bonnard, l’exposition est organisée autour de neuf thématiques bien définies. Celles-ci permettent de bien distinguer les différentes périodes de sa production artistique, puisqu’elles sont d’ailleurs bien expliquées textuellement à chaque section du parcours. De ce fait, on passe d’un Nabi très japonisant comme dans ses panneaux décoratifs à des thèmes plus intimistes tels que l’intérieur, le bain et les portraits. Une salle est également dédiée aux clichés photographiques pris par Bonnard au début des années 1880. Les trois dernières salles abordent plutôt le thème du voyage, comprenant des tableaux réalisés en Normandie, à Saint-Tropez et, enfin, de grands panneaux décoratifs. Le parcours respecte bien les grandes étapes de la vie du peintre, contribuant ainsi à la cohérence de l’exposition.

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Crédits : Patricia Bérubé

Overdose de couleurs

Je suis sortie de cette exposition en ayant la désagréable impression de n’avoir pu apprécier les touches de couleur vives de Bonnard à leur juste valeur. Les murs de chaque salle, ou presque, sont peints d’une couleur différente. J’ai arrêté de compter après cinq; c’est tout dire. Loin de moi l’idée de vouloir réinstaurer les murs blancs dans les expositions temporaires, mais je crois sincèrement que les œuvres auraient gagné à être montrées sur des murs plus neutres. De plus, dans la dernière salle, j’ai été surprise de voir qu’on avait même agencé le tapis aux deux couleurs des murs. Parfois, trop de couleur ne fait que tuer la couleur. Sans vouloir discréditer le travail du commissariat du musée d’Orsay, je trouve que ces subtilités présentes au niveau du design distraient le regard. Pour ma part, je me suis déplacée pour voir des œuvres de Bonnard, pas du design d’intérieur avancé.

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Crédits : Patricia Bérubé

« Mais on ne voit rien! »

J’ai entendu ce commentaire à maintes reprises lors de ma visite de cette exposition, ce qui m’amène à soulever un problème important au niveau de sa muséographie. L’espace ne semble pas avoir été conçu pour accueillir les groupes, puisque l’emplacement des cartels explicatifs cause d’importants attroupements qui bloquent le passage. Bien que je ne me sois pas présentée au musée lors d’une période d’affluence, j’ai été bousculée et poussée plus d’une dizaine de fois pendant le parcours. À plusieurs moments, il m’était impossible de voir les œuvres devant moi, à moins d’être prête à patienter cinq à dix minutes. Pour ces raisons, je crois qu’il serait primordial, à l’avenir, que l’équipe réévalue les options possibles avec l’espace alloué aux expositions temporaires, tout en tenant compte de l’afflux de visiteurs.

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Crédits : Patricia Bérubé

Coup de cœur : le chat

Malgré le fait que les touches colorées de Bonnard me charment particulièrement, une œuvre plus simple a retenu mon attention. Serait-ce une conséquence de l’overdose de couleurs mentionnée précédemment? Aucun moyen de le savoir. Enfin, véritable coup de cœur, Le chat blanc sort du lot puisqu’il provoque chez moi un fort sentiment d’attendrissement. Avec ses petites pattes allongées de manière surréaliste, il me rappelle, dans une certaine mesure, les éléphants de Dali. De même, j’apprécie que sa silhouette difforme se détache sur le fond plus foncé. La subtilité des couleurs présentes dans son pelage en fait, à mes yeux, une œuvre très intéressante à observer.

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Pierre Bonnard, Le chat blanc, 1894, huile sur carton
Crédits : Patricia Bérubé

Fan de Bonnard? Ne ratez surtout pas cette exposition, mais assurez-vous néanmoins d’aller la voir en dehors des habituelles heures d’achalandage. Sachez qu’on y trouve bon nombre d’œuvres appartenant à des collectionneurs privés, donc plus rarement exposées. Juste pour cela, ça vaut largement le déplacement!

Musée d’Orsay
1, rue de la Légion d’Honneur, 75007 Paris
Mardi-dimanche : 9 h 30 à 18 h
Jeudi : 9 h 30 à 21 h 45

http://www.musee-orsay.fr

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