L’attrait du détail chez Marion Wagschal

Par Amy Éloïse Mailloux

Marion Wagschal, dont les toiles sont exposées au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) et à la galerie Battat Contemporary jusqu’au 9 août et au 15 septembre respectivement, impressionne par ses toiles aux détails recherchés. La première, une exposition secondaire au niveau sous-sol du Musée des beaux-arts de Montréal, est accessible gratuitement. Cette exposition, mon premier contact avec la production de cette artiste montréalaise, m’a propulsée dans un univers d’esthétisme et de féminisme.

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Marion Wagschal, Cuillères brûlantes, 1994, huile sur toile de lin, collection Hydro-Québec
Crédits : Musée des beaux-arts de Montréal

L’influence des genres

Les portraits de Wagschal reflètent une influence du réalisme à la Gustave Courbet, soit des représentations de la vie quotidienne, pour lesquels l’artiste n’a pas à assister à des événements ou à rencontrer personnages célèbres. On voit dans ces œuvres de gens « ordinaires », non idéalisés, dans des scènes de tous les jours. C’est le cas entre autres dans l’œuvre Artistes et enfants, où les membres de la famille représentée « vivent simplement l’expérience d’être ensemble[i] ». Les personnages représentés dans les œuvres de la Montréalaise sont d’ailleurs souvent des membres de sa famille[ii], soit des muses sans prétention. On retrouve aussi ce réalisme dans la toile de petit format intitulée Mort, datée de 2007.

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Marion Wagschal, Mort, 2007, acrylique sur toile
Crédits : Amy Éloïse Mailloux

Outre l’influence du réalisme, on sent dans ses œuvres une influence des débuts de l’expressionnisme. On remarque notamment dans certains portraits des relents des œuvres de l’Autrichien Egon Schiele, dont la carrière date du début du XXe siècle. C’est le cas entre autres pour Cyclopes, un portrait d’une femme peignant, nue, excepté des pantoufles rouges à ses pieds. Tandis que le paysage autour de la femme et même les contours de son corps sont peints à larges coups de pinceau, presque flous, certains détails nous frappent, notamment l’expression nostalgique de l’œil unique, les variations de couleurs de la peau, les taches de rousseur sur le bras droit et les vergetures sur les seins et les cuisses. L’œuvre pourrait presque être un autoportrait, ce qui renforcerait la référence à Schiele, qui a peint nombre d’autoportraits et qui évitait souvent d’y ajouter des fonds pour conserver un focus sur le personnage.

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Marion Wagschal, Cyclopes, 1978, huile sur toile, collection particulière
Crédits : Amy Éloïse Mailloux

Du très grand au très petit

Généralement de grand format, les œuvres présentées au MBAM peuvent être vues différemment selon la situation physique de l’observateur. D’abord, en s’en écartant, on peut apprécier la vue d’ensemble des portraits. Ses toiles représentent généralement des portraits très chargés, dont la touche semble rapide et mouvementée. La perspective est fausse, les personnages semblant empilés les uns au-dessus des autres, comme dans l’œuvre Artistes et enfants.

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Marion Wagschal, Artistes et enfants, 1943, huile sur lin, feuille métallique, peinture métallique, MBAM
Crédits : Musée des beaux-arts de Montréal

Ensuite, en se rapprochant, on décèle une série de détails dans les portraits, tant de symboles ajoutant à la richesse des œuvres présentées. Dans Artistes et enfants, les objets et décors surchargés révèlent, de près, de fins détails très élaborés. Quant à Fête d’anniversaire, tandis que les personnages y semblent, à distance, un peu artificiels, tous d’une teinte blanche et rosée, on a une vision tout à fait différente du portrait de famille en s’en approchant. Chez le vieil homme, par exemple, la peintre a pris la peine de détailler ses poils de barbe mal rasée, son visage ridé, ses yeux rougis et même la coloration de sa peau vieillissante. Cette même grande attention est portée à la main, dont les rides sont bien définies par d’habiles coups de pinceau.

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Marion Wagschal, Fête d’anniversaire (détails), 1971, acrylique sur masonite
Crédits : Amy Éloïse Mailloux

La femme au centre des portraits

La femme est prédominante dans les œuvres de Wagschal. Comme l’exposition est une rétrospective de son travail de 1971 à 2014, on remarque des figures féminines prégnantes dans ses toiles tout au long de sa carrière. Parfois jeune, parfois âgée, parfois belle, la femme est souvent dépeinte comme ayant du vécu et un passé potentiellement difficile. Dans Cyclopes, les marques laissées sur le corps par la vie au féminin, comme les vergetures, sont très apparentes, tandis que tout autour est un peu flou, imprécis. Dans Couple au chat tricolore, les cuisses de la femme sont meurtries, recouvertes de bleus et les genoux irrités. La femme est souvent représentée comme témoin du temps qui passe, particulièrement dans Mort ou même dans Cuillères brûlantes, ou une femme âgée, possiblement la mère de l’artiste, est étendue dans son lit avec, à ses côtés, une femme d’un certain âge au regard dans le vide, l’air pensif. Le temps agit donc sur les corps, mais aussi sur l’esprit. Il continue d’ailleurs au-delà du temps des personnages, par exemple à travers leurs familles et leur entourage, notamment dans Fête d’anniversaire et Artistes et enfants, où plusieurs générations sont représentées.

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Marion Wagschal, Couple au chat tricolore (détails), 1988, huile sur toile
Crédits : Amy Éloïse Mailloux

Enfin, cette première rétrospective de la carrière de Wagschal, qui fût d’ailleurs longtemps professeure à l’Université Concordia, dévoile des thèmes et des influences propres à cette artiste montréalaise, qu’il vaut la peine d’explorer plus en profondeur. L’exposition à la Battat Contemporary regorge sans doute aussi d’œuvres complémentaires aidant à mieux saisir le caractère de cette artiste, que je n’hésiterai pas à suivre à l’avenir.

Portraits, souvenirs et fables – Marion Wagschal
Jusqu’au 9 août 2015
Musée des Beaux-Arts de Montréal, Pavillon Jean-Noël – Niveau 3
1380, rue Sherbrooke Ouest
Métro Peel
Mardi : 11 h à 17 h, mercredi : 11 h à 21 h, jeudi : 11 h à 17 h, vendredi : 11 h à 17 h, samedi et dimanche : 10 h à 17 h

Pensées sur papier – Manon Wagschal
Jusqu’au 12 septembre 2015
Galerie Battat Contemporary
7245, Alexandra Street, suite 100
Métro De Castelnau
Mardi – vendredi : 12 h à 18 h, samedi : 12 h à 18 h

En bannière :
Vue de l’exposition
Crédits : Amy Éloïse Mailloux

[i] Musée des beaux-arts de Montréal, Marion Wagschal, 2015, en ligne. <https://www.mbam.qc.ca/expositions/a-laffiche/marion-wagschal/>. Consulté le 20 juillet 2015.
[ii] Élisabeth-Anne Butikofer, Marion Wagschal : Portraits, souvenirs, fables au Musée des beaux-arts de Montréal, Communiqué de presse, Musée des beaux-arts de Montréal, le 7 avril 2015.

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