Rétrospective: Alex Colville, peintre canadien

Par Amy Éloïse Mailloux

« Je suppose que l’universalité de l’art découle invariablement de ce qui est spécifique. »
-Alex Colville

Deux ans après le décès du peintre canadien Alex Colville, le musée des beaux-arts du Canada, en collaboration avec le musée des beaux-arts de l’Ontario, présente l’exposition Alex Colville. Une icône canadienne au coeur de la capitale nationale. Cette rétrospective présentait tout l’été, et jusqu’au 7 septembre prochain, dessins, esquisses et peintures de Colville, illustrant les étapes de sa carrière, ses inspirations, l’évolution de son style, ses inspirations ainsi que son héritage.

Salle

Vue d’une salle de l’exposition
Crédits: Amy Éloïse Mailloux

Un artiste qualifié, avec son style particulier

Peintre réaliste, Alex Colville a développé son style bien à lui auquel, on peut le constater dans cette rétrospective, il est toujours resté fidèle, mais en l’améliorant constamment. Utilisant des coloris neutres et fidèles à la réalité, des sujets bien réels, des proportions et un équilibre toujours adéquats, le peintre avait pourtant, dans ses œuvres très fixes et immobiles, une touche mouvementée et bien visible.

Figure cotière mix

Figure côtière, 1951, tempéra avec glacis sur panneau dur
Crédits: Amy Éloïse Mailloux

En effet, en se rapprochant de certaines toiles, on remarque presque une influence du pointillisme. C’est le cas, particulièrement, dans Figure côtière, un nu féminin où la petite touche rapide et fréquente de l’artiste se remarque, particulièrement dans la peau du personnage, formée de lignes de plusieurs couleurs. Dans Cheval et fille, le pelage du cheval est représenté par les mêmes petites touches évoquant les poils, mais cette même touche utilisée dans le ciel y évoque plutôt le mouvement de l’animal qu’une texture particulière. Cette touche n’empêche pas l’artiste de représenter fidèlement son environnement, comme dans M. Wood en avril, où la texture du ciment est très réaliste, tout comme les ombres dans le pantalon de M. Wood et l’écorce de l’arbre en arrière-plan.

Cheval et m wood

Détails de Cheval et fille, 1984, émulsion de polymère acrylique sur panneau dur et de M. Wood en avril, 1960, huile et résine synthétique
Crédits: Amy Éloïse Mailloux

Malgré ce mouvement dans la touche, les sujets semblent toujours figés dans le temps, immobiles. Cet « instant figé[i] » est essentiel dans la pratique du Canadien et donne une aura mystérieuse aux sujets, puisqu’on ne sait rien d’autre sur l’histoire présentée que ce que l’on peut observer dans les limites du cadre.

Colville-Ocean Limited

Ocean Limited, 1962, huile et résine synthétique sur masonite
Crédits: Amy Éloïse Mailloux

Des histoires d’amour

Dès la première salle de l’exposition, on voit dans les toiles un personnage récurrent, soit Rhoda, la femme de Colville. Parfois nue, parfois vêtue, d’autres fois avec lui ou seule, Rhoda apparaît dans nombre de ces toiles, et ce, à toutes les étapes de sa vie. On sent l’amour que portait le peintre à son épouse dans la douceur avec laquelle elle est représentée, dans des moments parfois banaux de la vie quotidienne qu’ils ont partagé pendant les soixante-dix ans de leur mariage. Colville est décédé à peine sept mois après sa femme, en juillet 2013[ii].

Colville-Femme sur rampe

Femme sur rampe, 2006, acrylique sur panneau dur
Crédits: Amy Éloïse Mailloux

« Il n’existe pas d’animaux méchants. »
-Alex Colville

L’amour porté par Colville pour Rhoda était apparemment partagé avec les animaux, particulièrement les chiens. Ceux-ci apparaissent très souvent dans ses œuvres, entre autres dans Femme et terrier, où, bien qu’une femme soit présente dans l’œuvre, elle sert de support à l’animal, qui en est réellement le personnage principal. Cette même structure se répète dans Chien et prêtre[iii], où le chien est à l’avant-plan, se fondant dans les habits d’un prêtre dont le visage est caché par l’animal noir.

Colville-Femme et terrier

Femme et terrier, 1963, émulsion de polymère acrylique sur panneau dur
Crédits: Amy Éloïse Mailloux

Outre les chiens, Colville a représenté plusieurs autres animaux dans ses toiles, notamment des corbeaux, un mouton, des chevaux et même une vache. Dans le tableau Lune et vache[iv], le bovidé partage la vedette avec une pleine lune, dans une scène de nuit aux couleurs particulières, à l’atmosphère calme.

Colville-lune et vache

Lune et vache, 1963, huile et résine synthétique sur panneau dur
Crédits: Amy Éloïse Mailloux

Un référent populaire

L’exposition fait aussi référence à certains artistes ayant pris inspiration des toiles de Colville dans leurs propres œuvres, notamment Wes Anderson, dont la référence nous est présentée dans la première salle de l’exposition. En effet, on voit une ressemblance frappante d’un plan du film Moonrise Kingdom[v], où la protagoniste principale regarde en direction du spectateur à travers une paire de jumelles, avec l’œuvre Vers l’Île du Prince-Édouard[vi]. On réfère aussi à quatre œuvres du peintre figurant dans le film The Shining[vii] et même à un plan du film No Country for Old Men, qui rappelle l’œuvre Pacifique[viii]. Par ailleurs, une série de pièces de monnaie canadienne, commandée à Colville en 1967, étaient illustrées d’espèces de la faune du pays, dessinées par Colville. Il est donc possible que vous ayez déjà transporté un Colville dans votre porte-monnaie.

Pièces

En 2014, William Eakin a photographié toute la série de pièces de Colville. Ses photos sont exposées dans la première salle de l’exposition au MBAC.
William Eakin, Pièces du centenaire de Colville, 2014
Crédits: Amy Éloïse Mailloux

Enfin, Alex Colville a eu une longue carrière en tant que peintre, mais aussi en tant que professeur, dessinateur pendant la Seconde Guerre mondiale et plus encore. Il est difficile de faire état d’une carrière si variée et prolifique en quelques paragraphes. Pour poursuivre, je vous invite fortement à visiter l’exposition au MBAC jusqu’au 7 septembre, ainsi qu’à consulter le site web de l’exposition.

Alex Colville. Une icône canadienne
Jusqu’au 7 septembre 2015
Musée des beaux-arts du Canada
380, prom. Sussex, Ottawa, ON, K1N 9N4
Mardi- dimanche : 10 h à 18 h, jeudi : 10 h à 20 h
http://www.beaux-arts.ca/colville/fr/

En bannière :
Soldat et fille à la gare, 1953, tempéra avec glacis sur panneau dur
Crédits : Amy Éloïse Mailloux

[i]Musée des beaux-arts du Canada, Observons l’art d’Alex Colville, dépliant informatif, 2015.
[ii]Josée-Britanie Mallet, « Alex Colville au musée des beaux-arts du Canada », communiqué de presse, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa, le 22 avril 2015, en ligne. <http://www.beaux-arts.ca/fr/apropos/alex_colville.php>. Consulté le 8 août 2015.
[iii]Alex Colville, Chien et prêtre, 1978, émulsion de polymère acrylique sur panneau dur, collection de Jean et Bill Teron.
[iv]Lune et vache est par ailleurs un des tableaux figurant dans le film The Shining, de Stanley Kubrick, à 2h09.
[v]« Colville au quotidien », Alex Colville. Une icône canadienne, musée des beaux-arts du Canada, en ligne. <http://www.beaux-arts.ca/colville/fr/20.htm>. Consulté le 8 août 2015.
[vi]Katherine Stauble, « Alex Colville: où il est question de chiens, de revolvers et de baigneurs », Magazine MBAC, 20 avril 2015. En ligne. <http://www.magazinembac.ca/expositions/alex-colville-ou-il-est-question-de-chiens-de-revolvers-et-de-baigneurs>. Consulté le 8 avril 2015.
[vii]The Shining est un film de Stanley Kubrick, présenté en salles en 1980.
[viii]Alex Colville, Pacifique, 1967, émulsion de polymère acrylique sur panneau sur, collection particulière.

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