Emilie Blincoe : un art satisfaisant

Par Amy Éloïse Mailloux

Parfois, des images nous amènent un sentiment de calme, de repos, une satisfaction incroyable. Ce sentiment a parfois un sens, si l’œuvre est reliée à un souvenir, par exemple. D’autres fois, les sensations émergeant en nous à l’observation d’œuvres d’art n’ont pas d’explication logique : c’est là toute la magie de l’art. Dans le cas de la photographe Emily Blincoe, on peut tout à fait comprendre les origines de ce calme envahissant, particulièrement à l’observation de sa série Arrangements. L’ayant découverte sur Instagram il y a quelques mois, j’ai décidé de faire un court portrait de cette artiste américaine.

Emily Blincoe, Drifwood (2016) et Whataburger, 2013

Emily Blincoe, Driftwood, 2016 et Whataburger, 2013
© Emily Blincoe

Inspirations locales

Née à Austin, au Texas, Emily Blincoe trouve ses sources d’inspiration dans le quotidien. On voit souvent dans ses portraits et ses clichés pris sur le vif la lumière chaude du soleil texan, des portraits de son chien Eleanor et de savoureux moments du quotidien, comme l’éclat d’un arc-en-ciel dans une paume de main ou l’éclat d’un coucher de soleil dans un champ fleuri.

Dans Arrangements, Blincoe se prête au jeu de la classification d’objets, ayant parfois une connotation locale, par exemple lorsqu’elle photographie des bouts de bois flotté trouvés sur la plage ou encore des bonbons. L’artiste est une professionnelle de ce qu’on pourrait appeler l’organisation visuelle. Qu’ils soient classés par type, par couleur ou par grandeur, les objets qu’elle photographie m’apaisent toujours, me libérant des pensées superflues pour admirer le simple arrangement d’objets se situant devant moi.

Apaisement instantané

L’harmonie véhiculée par ces photographies tranquillise le regardant. Le fait que l’art « fait du bien » est d’actualité à Montréal depuis quelques années. En effet, plusieurs initiatives utilisant l’art comme modalité pour le mieux-être sont mises de l’avant par des organismes culturels montréalais comme le Musée des beaux-arts de Montréal et les Grands Ballets.

Emily Blincoe, Citrus Fest et Tomato Season, 2014

Emily Blincoe, Citrus Fest et Tomato Season, 2014
© Emily Blincoe

Bien que la thérapie par les arts soit une modalité fascinante, il est indéniable que la simple observation d’œuvres d’art fait du bien à chaque individu, à sa façon. Chaque personne a sa propre histoire et sa personnalité qui influence ses goûts artistiques et l’effet que les arts peuvent avoir sur elle. Dans mon cas, j’associe souvent des œuvres figuratives à un événement, un souvenir ou même une émotion vécue, ce qui est le cas des photographies de Blincoe. Par exemple, l’assemblage de paquets de gomme Chiclets ou de bonbons me rappelle mon grand-père, qui mettait des gommes « au savon » et plusieurs sucreries inhabituelles dans nos bas de Noël.

Emily Blincoe, Contents of Dustpan After Christmas Tree Removal, 2015

Emily Blincoe, Contents of Dustpan After Christmas Tree Removal, 2015
© Emily Blincoe

Obsession ?

La « préoccupation excessive pour l’organisation et la symétrie [i]» est un des thèmes les plus souvent rencontrés chez les personnes atteintes de troubles obsessionnels compulsifs. Ce trouble est associé à l’anxiété et, bien qu’il ne touche que 2 à 3 % de la population[ii], il est raisonnable de penser qu’à un moment ou un autre, les autres 97 % ont probablement vécu une phase obsessive, ne serait-ce qu’en faisant un gros ménage de printemps, en se rongeant les ongles ou autre symptôme similaire.

Emily Blincoe, Sugar Series, 2013

Emily Blincoe, Sugar Series, 2013
© Emily Blincoe

Alors qu’on peut définitivement imaginer un trait compulsif chez l’artiste, soit son organisation des divers objets photographiés, on dirait que ces images absorbent l’obsession du spectateur. L’artiste a dû trouver, accumuler, séparer, classer et disposer les éléments photographiés et c’est une sensation satisfaisante d’imaginer toutes ces étapes appartenant au passé. Je crois que c’est cette patience avérée de l’américaine qui rend ses œuvres si apaisantes.

Elle a par ailleurs poussé plus loin ce thème de l’obsession dans sa série The Collection Collection, où sont photographiés des collectionneurs d’objets variés, entourés de leur collection.

Emily Blincoe, Rae and her Wolf Collection, 2013

Emily Blincoe, Rae and her Wolf Collection, 2013
© Emily Blincoe

Un esthétisme léché

Autre aspect porteur de satisfaction chez Blincoe : l’esthétisme de ses images. Les choix de couleur et leur assortiment, la qualité des photographies, le cadre toujours bien droit et carré : la structure même de l’image et de son support sont à l’appui du contenu. Cette qualité confirme le talent de l’artiste, engagée par des clients majeurs tels que Canon, Converse, Stella Artois et ainsi de suite.[iii]

Emily Blincoe, Holley, 2013

Emily Blincoe, Holley, 2013
© Emily Blincoe

Emily Blincoe, outre ses arrangements d’objets variés, travaille souvent par séries. Une autre série fort apaisante est celle de ses Chameleon Portraits, dont Holley est un exemple. Que ses portraits vous réconfortent autant que moi ou non, son portfolio est définitivement à consulter.

http://www.emilyblincoe.com/
https://www.facebook.com/emilyblincoephotography
https://www.instagram.com/emilyblincoe/
https://www.flickr.com/photos/emilyblincoe/

 


[i]« Le trouble obsessionnel compulsif », Fondation des maladies mentales, 2016, en ligne. <http://www.fondationdesmaladiesmentales.org/la-maladie-mentale.html?t=&i=6 >. Consulté le 29 février 2016.
[ii]Idem.
[iii]Emily Blincoe, « About / Contact », Emily Blincoe, 2014, en ligne. <http://www.emilyblincoe.com/about/>. Consulté le 29 février 2016.

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