POMPEII, à la frontière de l’histoire de l’art

Par Amy Éloïse Mailloux

Le Musée des beaux-arts (MBAM) affiche jusqu’à l’automne prochain, une exposition blockbuster sur Pompeii et Herculanum, fameuses villes italiennes ensevelies sous les cendres du Vésuve en l’an 79 de notre ère. Alors que nous connaissons cette prémisse, peu connaissent le mode de vie de ces milliers d’habitants, tués instantanément la journée du 24 août 79. C’est ce que nous présente le Musée dans une exposition d’envergure très intéressante, mais qui semble sortir du cadre des arts visuels.

Une scénographie drôlement pensée
La mise en scène de Pompeii est embêtante. Alors que les textes explicatifs sont riches d’informations, ils sont étrangement situés dans les salles. Les visiteurs sont habitués à effectuer un parcours de gauche à droite et de visiter les salles en sens horaire. Cette norme non écrite permet de réguler le trafic dans des expositions attirant de vastes foules comme celle-ci et de suivre la suite souvent chronologique des expositions. À Pompeii, les panneaux explicatifs propres à chaque pièce sont souvent à la droite de l’entrée ou encore derrière des murs, presque cachés.[i]

Fresque représentant une femme en train de se coiffer, enduit peint, Stabies, triclinium de la villa d’Ariane, Museo Archeologico Nazionale di Napoli (MANN)

Fresque représentant une femme en train de se coiffer, enduit peint, Stabies, triclinium de la villa d’Ariane, Museo Archeologico Nazionale di Napoli (MANN)
© Musée des beaux-arts de Montréal

La volonté du musée est pourtant claire : « forcer une évocation immersive grâce à une scénographie singulière.[ii] » Ceci est mis en place par l’intégration d’éléments multidisciplinaires franchement surfaite. Les extraits sonores et les projections (la fontaine et l’éruption simulée), par exemple, n’apportent pas de plus-value à l’exposition. Ils ne sont ni adressés ni pertinents et parfois même dérangeants, comme le bruit de craquement non identifié dans la deuxième salle d’exposition. Dans la dernière salle, un court-métrage apparaît au fond de la pièce, mais les sièges dédiés à sa visualisation se situent à l’autre extrémité de la salle rectangulaire, derrière les spectateurs. On ne sait d’ailleurs pas qu’il s’agit d’une création de l’artiste contemporain Laurent Grasso avant de quitter la salle.

Comment situer la frontière entre histoire de l’art et histoire?
Le Musée a mis de l’avant plusieurs grandes expositions de type blockbuster dans les dernières années. On pense entre autres à « WE WANT MILES » : Miles Davis : le jazz face à sa légende (2010) et L’empereur guerrier de Chine et son armée de terre cuite (2011). L’exposition Pompeii cadre bien dans la mission très commerciale du Musée, soit « d’attirer le public le plus vaste et le plus diversifié qui soit[iii] », mais passe à côté de sa vocation liée aux arts visuels.

Mosaïque représentant la faune marine, Pompéi, dans la maison d’Ariane, Museo Archeologico Nazionale di Napoli (mann)

Mosaïque représentant la faune marine, Pompéi, dans la maison d’Ariane, Museo Archeologico Nazionale di Napoli (MANN)
© Musée des beaux-arts de Montréal

Oui, j’ai apprécié ma visite et en ressors plus instruite, ce qui correspond aussi à ce renouvellement récent de la vision du MBAM, dévoué à l’éducation du public. Toutefois, je suis sortie de la salle en me demandant si j’avais réellement assisté à une exposition d’arts visuels. Certes, j’ai vu plusieurs sculptures et fresques, entre autres, mais en quoi cette exposition a-t-elle privilégié le patrimoine artistique romain? D’un point de vue historique, je suis très impressionnée par le fait que les Pompéiens avaient, somme toute, une vie assez moderne pour une population ayant vécu il y a près de 2000 ans. Par contre, il me semble que les œuvres servaient plus de complément à des faits historiques comme le commerce du pain et la politique pompéienne que comme œuvres d’art à part entière.

La conservation impeccable des œuvres d’art, leur exécution franchement impressionnante, la reprise de la tragédie de l’an 79 et sa reprise en arts visuels auraient été tant d’exemples de sujets directement liés à cette discipline qui m’auraient semblé pertinents dans le cadre du MBAM que ce qui m’y fût présenté. La supervision de la scénographie ayant été assurée par des membres du Musée royal de l’Ontario, institution dédiée aux civilisations et à l’histoire naturelle[iv], a possiblement influencé cette mise en scène décalée de la mission du Musée.

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Fresque représentant une distribution de pain, enduit peint, Pompéi, tablinum de la maison du Boulanger, Museo Archeologico Nazionale di Napoli (mann)
© Musée des beaux-arts de Montréal

Loin de moi l’idée de dénigrer cette exposition, mais je ne puis que soulever ce constat et cette réflexion face à la présentation d’œuvres d’art en contexte muséal. J’admire la mission éducative du Musée, tout comme sa volonté de promouvoir l’art-thérapie et d’utiliser l’art dans une perspective différente que pour le spectacle. Le MBAM apporte définitivement des sujets intéressants dans le riche paysage artistique de Montréal, mais j’ai l’impression que certaines stratégies éducatives sont surfaites et, au final, nuisent à la mission historique.

Pompeii
Jusqu’au 5 septembre
Musée des beaux-arts de Montréal
1379-A, rue Sherbrooke Ouest
Métro Peel
Mardi, jeudi – dimanche : 10 h à 17 h, mercredi : 10 h à 21 h

En-tête : Archéologues déterrant des moulages de plâtre de victimes
trouvées dans le jardin des Fugitifs. © Bettmann / CORBIS


[i] C’est particulièrement évident dans la petite salle dédiée au monde féminin, on aperçoit les textes seulement en se retournant pour en sortir.
[ii] Elisabeth-Anne Butikofer, « Revivez Pompeii au Musée des beaux-arts de Montréal », communiqué de presse, en ligne.
<https://www.mbam.qc.ca/bibliotheque/media/Pompeii_Communique.pdf>;. Consulté le 25 mars 2016.
[iii] Musée des beaux-arts de Montréal, Mission, 2016, en ligne.
<https://www.mbam.qc.ca/a-propos-du-mbam/>;. Consulté le 25 mars 2016.
[iv] Musée royal de l’Ontario, À propos du Musée, en ligne,
<http://www.rom.on.ca/fr/a-propos-du-musee/a-propos-du-musee>;. Consulté le 25 mars 2016.

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