Déploiements et emboîtements : jeux de réflexion par Caroline Cloutier

Par Soad Carrier

Amorcée lors d’une résidence en Autriche en 2014, la nouvelle production de Caroline Cloutier allie une combinaison d’œuvres photographiques et d’installations. Intitulées Contre-espaces, ces œuvres se déclinent en deux expositions : Contre-espaces (déploiements) est présentée au centre d’artistes VU à Québec et Contre-espaces (emboîtements) à la Galerie Nicolas Robert à Montréal.

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Résidence de création au Atelierhaus Salzamt, Linz, Haute-Autriche, 2014
© Caroline Cloutier

Le miroir est ici le sujet de prédilection de l’artiste. Objet existant principalement via sa relation au monde, Cloutier en transforme le rôle même en travaillant ce médium tel une sculpture. N’étant plus alors que le reflet de la réalité l’entourant, l’objet sculpté, photographié comme une nature morte, semble au contraire aspirer tout indice de son environnement. L’espace ainsi fracturé en de multiples facettes témoigne de la lumière réfléchie en faisant apparaître les nuances subtiles de celle-ci. En étant le reflet de ses propres surfaces, le miroir ne nous laisse plus voir son sujet habituel, effaçant l’image même de l’artiste et créant plutôt un espace infini qui lui est propre : «L’œil peut chercher à se créer un parcours qui l’amènera à sortir du cadre pour atteindre les confins de l’espace, mais aussi à trouver une zone à l’intérieur de l’image où tout semble converger.[i]»

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Caroline Cloutier, Déploiement 12 (Contre-espaces), 2016, impression numérique, 61 x 91 cm
© Caroline Cloutier

Ce n’est pas la première fois que Caroline Cloutier présente un corpus d’œuvres en deux temps : lors de sa première exposition à la Galerie Nicolas Robert, l’artiste présentait en parallèle une exposition au Centre Clark, intitulée Vertige, qui mettait également en vedette miroirs et impressions photographiques. Si les bandes de vinyle apposées au mur et issues de photographies créaient alors l’illusion d’un espace continu de corridors menant vers un lieu incongru, les installations de l’exposition ici concernée explorent l’illusion d’une façon légèrement différente. L’étendue créée par cet agencement improbable ne saurait réellement exister, renforçant encore une fois l’impression d’un espace qui s’étend au-delà de ses contraintes physiques.

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Vue d’exposition à la Galerie Nicolas Robert, Contre-espaces (emboîtements), 2016
© Caroline Cloutier

Franchissant les limites du réel, l’artiste nous invite cette fois au cœur d’un lieu où les frontières entre ce qui est clos et ce qui est ouvert se brouillent et où les repères spatiaux disparaissent, attirant le spectateur sans toutefois le laisser y entrer. Devant nous semble se dématérialiser l’espace d’exposition en un cube blanc qui semblerait avoir perdu sa fonction première, soit celle de présenter des œuvres. C’est ainsi que la corrélation entre le miroir et l’espace prend son sens. En soulignant le support, l’artiste permet au visiteur de voir réellement ce qui, au premier regard, lui apparaît comme secondaire, ce qui sert habituellement à mettre autre chose en valeur, qu’il s’agisse d’œuvres ou de son propre reflet. Les photographies et sculptures de l’artiste soulignent l’attention sélective de notre perception et nous amènent à regarder autrement.

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Vue d’exposition, VU, centre de diffusion et de production de la photographie, Contre-espaces (déploiements), 2016
© Hubert Gaudreau

L’opposition dans les titres de ces deux expositions ne fait que renforcer la tension présente entre l’espace, qui soit s’étend ou se condense, entre une lumière qui réfracte ou qui absorbe. Alors que Contre-espaces (emboîtements) met en scène des installations qui viennent moduler et transformer l’espace qui les accueille, donnant l’impression que l’œuvre vient étendre l’espace même de la galerie, le reflet du medium devient dans Contre-espaces (déploiements) contenu au sein même des limites de l’œuvre photographique. Si l’idée de présenter deux corpus d’œuvres en relation dans des espaces séparés ne manque pas d’intérêt, on regrette de ne pas avoir facilement accès aux deux expositions considérant l’intérêt de leur relation.

Contre-espaces (emboîtements) – Caroline Cloutier
Jusqu’au 11 juin
Galerie Nicolas Robert
10, rue King, Montréal
Métro Square-Victoria
Mercredi – samedi : 11 h à 16 h 30

Contre-espaces (déploiements) – Caroline Cloutier
Jusqu’au 5 juin
VU,centre de diffusion et de production de la photographie
523, rue De Saint-Vallier Est, Québec
Mercredi – dimanche : 12 h à 17 h

En en-tête : Caroline Cloutier, Déploiement 8 (Contre-espaces), 2016, impression numérique, 61 x 91 cm


[i]VU Photo, «Caroline Cloutier : Contre-espaces (déploiements)», 2016, en ligne <https://vuphoto.org/fr/exposition/426/Contre-espaces-deploiements-/&gt;

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