Une nouvelle galerie virtuelle piratée par des artistes

Par Catherine Lafranchise

Forte de son succès, Galerie Galerie a été victime la semaine dernière de piratage de la part du collectif les Enfants de Chienne. Il s’agit d’une galerie virtuelle, fondée au mois d’août dernier. Son concept s’inscrit en plein dans l’air du temps, puisque ses expositions ne sont que virtuelles et les œuvres présentées font partie de la mouvance numérique. De plus, leur infolettre se veut plutôt un moyen de diffusion du travail des artistes qu’une simple lettre informative.

image-1

Infolettre piratée par les Enfants de Chienne
© Enfants de Chienne

Les attaques en question ont été réalisées à plusieurs niveaux et sous trois phases différentes. En premier lieu, lors de la soirée d’ouverture de Galerie Galerie, le collectif a marqué de son logo une des affiches imprimées. À ce moment-là, alors que la soirée était avancée et festive, les fondatrices de Galerie Galerie[i] n’y ont vu aucun problème puisque les Enfants de Chienne sont réputés pour faire des interventions marginales et agressives lors des vernissages. Au contraire, ce fût considéré comme une marque de flatterie et de légitimation de la part du collectif. Puisque ces derniers sont réputés pour faire des apparitions dans de nombreux événements mondains du domaine artistique, cette présence consacrait Galerie Galerie au même niveau que d’autres galeries. C’est plutôt paradoxal, car ces performances des Enfants de Chienne font partie d’une série qu’ils ont entreprise il y a déjà quelques années. La démarche derrière Infiltrations des événements est de s’imposer dans les manifestations artistiques pour y laisser leur marque et ainsi gagner en crédibilité et en reconnaissance. Donc, si le collectif s’est déplacé au vernissage pour accroître sa propre notoriété, ils ont par le fait même légitimé le travail de la nouvelle galerie.

image-2

Un des personnages de Galerie Galerie, piraté virtuellement et marqué lors du vernissage
© Enfants de Chienne

En second lieu, le 16 septembre, le collectif a piraté l’infolettre en y changeant l’interface et en imposant à la fois leur logo et une photo des membres du groupe. Par la suite, le plus gros exploit des Enfants de Chienne reste que la journée même, ils ont piraté le site internet de la galerie pour y apposer leur avatar virtuel, leur logo et quelques tags sur la page principale. À ce moment, les fondatrices du site n’étaient pas averties de cette situation et se sont vu bloquer l’accès à leur site internet, puisque les Enfants de Chienne y avaient, par le fait même, changé les codes. Quelques jours plus tard, ces derniers leur ont envoyé une lettre de rançon qui stipulait à Galerie Galerie qu’elle allait pouvoir récupérer les accès à son site quand elle leur aurait fait suffisamment de publicité sur ses réseaux sociaux.

image-3

Les Enfants de Chienne dans les archives de Galerie Galerie
© Enfants de Chienne

Les fondatrices m’ont avoué qu’une des plus grandes craintes de leur concept virtuel était justement le piratage, puisqu’il est maintenant très ardu d’y être à l’abri. Mais le plus ironique dans tout ça, c’est qu’elles en ont été victimes, et ce, par des artistes. Si au début des interventions elles étaient plutôt fâchées puisqu’elles étaient dans l’inconnu, elles n’ont pas eu le choix de prendre ces interventions des Enfants de Chienne avec un grain de sel, d’autant plus que le titre de leur exposition en cours est C LA VIE ¯\_(ツ)_/¯(c’est la vie).

image-4

Commentaire Facebook de Galerie Galerie (impression d’écran)

Depuis la prise de possession du site internet de Galerie Galerie, les Enfants de Chienne ont changé peu à peu les images de la galerie pour s’imposer de plus en plus sur les pages. Si, au début, ils étaient seulement présents sur la page d’accueil, ils ont par la suite envahi le bureau, les archives, la salle d’exposition d’un des artistes et les toilettes. Lorsque je me suis entretenue avec les fondatrices de la galerie, elles n’avaient aucune idée à quel moment exactement les attaques allaient cesser, mais espéraient à tout le moins récupérer les accès d’ici la fin de leur exposition.

Le lendemain de cette conversation , elles ont pu reprendre possession de leur infolettre. Il semblerait aussi que les Enfants de Chienne aient décidé de quitter les lieux puisque leur avatar ne figure plus sur les pages de la galerie. Cependant, ils y ont laissé leurs tags, leurs bouteilles de bière vides et leurs détritus, comme si le site avait été un squat durant plusieurs jours.

image-5

Après le départ des Enfants de Chienne de Galerie Galerie (impression d’écran)

J’ai particulièrement aimé cette performance des Enfants de Chienne, car je la trouve pertinente et actuelle. Si, désormais, le numérique occupe une place de choix dans la société, il est tout à fait normal que leurs interventions s’étendent au web. Cette attaque ouvre grand la porte aux possibilités infinies d’internet et annonce un futur prometteur pour le collectif.

C LA VIE ¯\_(ツ)_/¯
Jusqu’au 30 septembre
Galerie Galerie

Infiltrations des événements
Les Enfants de Chienne

Pour un compte-rendu d’Eli Larin sur l’exposition C LA VIE ¯\_(ツ)_/¯, cliquez ici.


[i]Je me suis entretenue avec les fondatrices de Galerie Galerie le jeudi 22 septembre 2016.

 

Catherine Lafranchise

CATHERINE LAFRANCHISE | RÉDACTRICE WEB

Catherine a complété un DEC en design de mode au Collège Lasalle. Puis, voulant théoriser son amour pour l’art, elle a entrepris un baccalauréat en histoire de l’art à l’Université de Montréal. Durant ses études, elle a eu la chance de faire un échange étudiant à l’Université Libre de Bruxelles où elle a consommé de l’art à outrance. Ensuite, elle a complété un DESS en gestion d’organismes culturels à HEC Montréal. Elle s’est impliquée dans le milieu de l’art, notamment pour l’Association Complot X, la Galerie Trois Points, l’Association des galeries d’art contemporain et le Techno Culture Club. Depuis 2015, elle s’investit dans l’événement MuseomixMTL et agit à titre de responsable des bénévoles & des visites guidées. Elle est rédactrice pour Ex_situ depuis 2014.

Pour plus d’articles écrits par Catherine Lafranchise, cliquez ici.

Publicités