Réflexion sur la place de la Biennale de Montréal

Par Eli Larin

Après avoir assisté à la première médiatique de la Biennale de Montréal en octobre dernier, j’ai été amenée à faire des parallèles avec le cours Analyse des œuvres d’art sur le site : la biennale comme format d’exposition à New York, Montréal et Québec que j’ai suivi à l’UQAM en été 2014. D’ailleurs, dans le cadre de ce cours, nous avons organisé une table ronde en juin 2014 à Artexte, celle-ci s’intitulant Questionner l’avenir. Réflexion publique sur la réactualisation de la Biennale de Montréal. Deux de mes collègues, Julie Riendeau et Florence-Agathe Dubé-Moreau, ont coordonné la publication d’un recueil de textes sur le sujet ainsi qu’une transcription de l’évènement. J’ai donc eu l’idée de contacter Florence-Agathe pour discuter de la Biennale de Montréal de cette année et du format des biennales en général.

Eli : Quelles sont tes impressions générales de la Biennale de Montréal au MACM? Est-ce que tu as eu des coups de cœur ?

Florence-Agathe : J’avais vu l’annonce du thème par le commissaire [NDLR: Le Grand Balcon s’inspire en partie de la pièce de théâtre de Jean Genet Le Balcon] et j’étais intriguée. Je trouvais que c’était prometteur d’un point vue théorique. Si on fait une comparaison avec l’avenir [NDLR: qui était le thème de l’édition 2014 de la Biennale de Montréal], il s’agissait d’un thème plus exigeant et peut-être un peu moins fourre-tout. Après l’avoir vu, j’ai toutefois plusieurs réserves. Le fil conducteur de l’exposition est assez maigre, faisant que l’arrimage des œuvres au thème, et même entre elles souvent, se fait difficilement. Au final, le thème devient assez large et flou. J’ai toutefois trouvé que l’intégration des œuvres dans les galeries du MACM était très intéressante. Il y avait de l’espace pour que les œuvres prennent leur place, surtout pour des artistes basés au Québec comme Valérie Blass, Celia Perrin Sidarous et Michael Blum. Par contre, je trouve tout à fait inacceptable qu’il n’y ait pas encore de catalogue papier. Je crois encore au papier, ainsi qu’au catalogue comme outil de diffusion et pour approfondir du point de vue théorique une proposition commissariale.

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Oeuvre de Valérie Blass au musée d’art contemporain de Montréal.
© Eli Larin

Eli : Dans ton texte, inclus dans le recueil, tu abordes l’idée que les biennales sont utilisés par les villes pour se positionner comme des « micropôles » décentralisés, citant du même coup un terme de Julian Stallabrass décrit dans « The Fracturing of Globalization ». Est-ce que la biennale de Montréal contribue à inscrire notre ville comme « micropôle » selon toi ?

Florence-Agathe : Sincèrement, je ne sais pas si je suis la meilleure personne pour trancher sur cette question. Je pense qu’il y a encore plusieurs questions à se poser. Souvent l’international est devenu un synonyme de réussite, mais ça reste flou à mesurer. J’ai l’impression que la biennale tombe un peu dans ce piège-là en voulant à tout prix se conformer au modèle de la biennale internationale. Je trouve que c’est un peu inquiétant d’un point de vue intellectuel et culturel que l’on ne parle pas de comment et pourquoi on veut que la Biennale de Montréal se situe à l’international. Dans notre ouvrage Questionner l’avenir, nous avons d’ailleurs tenté de définir ce format des biennales pour suggérer un autre chemin. Un point de départ serait selon moi de partir de nos spécificités culturelles et d’en faire des éléments constituants et signifiants. J’ai l’impression que si tu veux faire un événement qui rayonne à l’international, il faut que tu investisses les forces qui sont autour de toi au plan local. Il nous faut vraiment une réflexion sur ce que le format de la biennale peut apporter à la fois à Montréal et à l’international, sinon c’est vide intellectuellement.

Eli : Ton essai se termine sur un ton très critique, invitant la Biennale de Montréal à se questionner sur sa propre pertinence pour la ville. Sens-tu que cette édition répond à cette question ?

Florence-Agathe : Je trouve qu’il y avait beaucoup de belles intentions et de pistes explorées. Est-ce que l’édition livre une réflexion intéressante sur sa pertinence pour Montréal ? Je considère que c’est timide comme réponse. Pour moi la seule ambition d’être internationale est tellement insuffisante. Il faut absolument un travail d’ancrage local et d’autoréflexion. Je suis donc restée sur ma faim. J’ai toutefois hâte de voir comment ça peut évoluer. Il y a eu de l’attention médiatique et critique sur les plans nationaux et internationaux comme jamais et il va donc y avoir beaucoup d’attente pour la prochaine édition.

La Biennale de Montréal 2016
Jusqu’au 15 janvier 2017
Musée d’art contemporain de Montréal
185, rue Sainte-Catherine Ouest
Métro Place-des-Arts
Mardi : 11 h à 18 h, mercredi – vendredi : de 11 h à 21 h et samedi – dimanche : de 10 h à 18 h

En en-tête: Haegue Yang, Multiple Mourning Room, 2016.
© Eli Larin

 

 

ELI LARIN | RÉDACTRICE WEB

Eli a complété un DEC en création littéraire, un DEC technique en photographie et une mineure en communication avant de poursuivre sa formation avec une majeure en histoire de l’art à l’UQAM. Elle entame sa première année de la maîtrise en histoire de l’art à Concordia en septembre. Ces différents parcours se rejoignent étonnamment bien à l’intérieur de sa pratique artistique et ses recherches académiques. Ses domaines d’intérêt sont la culture web, la performance du genre féminin dans ce nouvel espace public et les intersections de ces sujets avec l’art contemporain. Ses textes ont été publiés dans la revue Ex_situ et Yiara, et ses photographies dans le magazine Ciel Variable et le blogue d’esse.

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