William Notman, le businessman de la photographie

Par Violette Loget

Avec 200 000 négatifs sur verre et 450 000 épreuves, le fond Notman est l’étendard du Musée McCord. Sources documentaires visuelles inépuisables, les photographies du studio Wm. Notman & Son (1856-1935) retracent les jalons de l’histoire montréalaise et canadienne sur près de 80 ans. Présentée par le Musée McCord dans le cadre du 150e anniversaire de la Confédération canadienne et des 375 ans de Montréal, une rétrospective sur travail de William Notman (1826-1891) constitue un incontournable.
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Wm. Notman & Son, A. H. Buxton, Montréal, 1887
Négatif sur verre inversé
© Musée McCord

En prenant comme étendard le portrait réalisé en studio de A.H. Buxton (1887) emmailloté dans un manteau de fourrure sous de faux flocons de neige, l’affiche présente Notman comme l’un des créateurs de l’imaginaire visuel canadien. Si l’exposition nous fait découvrir les visages de la bourgeoisie victorienne ainsi que l’industrialisation de Montréal, elle se focalise surtout sur la réussite commerciale de William Notman à travers quatre axes : homme d’affaires, de réseau, artiste et bâtisseur.
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Wm Notman & Son, Embâcle, rue des Commissaires, Montréal, vers 1884
Négatif sur verre inversé
© Musée McCord

Après les flocons projetés sur le mur d’appel de l’exposition, la première salle nous plonge dans le Montréal des années 1850. L’enseigne en néon rouge du dernier studio Notman donne un ton moderne, alors qu’une projection de photographies nous plonge dans la ville du XIXe sur un fond sonore évoquant les sabots des chevaux sur les pavés. Immigré d’Écosse, William Notman fonde son studio en 1856. Alors que plusieurs studios se partagent le marché montréalais de la photographie commerciale, l’empire Notman se démarque par la gestion novatrice de son fondateur.
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William Notman, Planche de vues provenant de la boîte d’érable : pont Victoria, Montréal, 1859-1860
© Musée McCord

Homme de réseau, Notman a infiltré les élites politiques, commerciales et ecclésiastiques en multipliant les portraits. Dès 1858, ses contacts lui permettent de devenir le photographe du pont Victoria, inauguré en présence du prince de Galles. L’exposition dévoile un photographe féru de technologies, qui emploie la stéréographie pour rendre compte de Montréal en trois dimensions. La scénographie use de gadgets, lunettes 3D, bornes tactiles et loupes pour agrémenter la visite. William Notman s’avère publiciste, cumulant les médailles de concours, multipliant les annonces, les articles et les lignes à son titre (« William Notman, Photographer of the Queen and under the Patronage of the Emperor of France ») à mesure qu’il inaugure jusqu’à vingt-six succursales en Amérique du Nord.
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Wm Notman & Son, Anna et Louisa Spence, 1883
Négatif sur verre inversé
© Musée McCord

L’expérience du studio est au cœur de l’exposition, surtout à travers des agrandissements numériques disposés en frise dans la salle consacrée à la pratique artistique de Notman. On regrette les reflets lumineux sur les photographies et épreuves sur verre d’origines. L’exposition dresse le portrait d’un défenseur de la photographie comme fille des beaux-arts. Membre fondateur de la Art Association of Montreal (Musée des beaux-arts de Montréal), il emploie des artistes dans son studio, signe des articles faisant la promotion de la connaissance de l’histoire de l’art chez les photographes, et éduque sa clientèle à la photographie par le biais d’un manuel remis en prélude des séances de pose [1]. Cependant, l’exposition laisse planer le doute sur les objectifs de William Notman : défend-il l’art de la photographie pour promouvoir ses services commerciaux davantage que par conviction?
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William Notman, Alice Louise Mills, 1862,
Négatif sur verre inversé
© Musée McCord
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William Notman/Eugène L’Africain, Le Red Cap Snow Shoe Club, Halifax, N.-É., 1888, Don d’Alice Lithgow MacDonald
© Musée McCord

La pratique du portrait en studio amène Notman à diversifier son approche en expérimentant trucages, montages, colorisation, similigravure, ainsi qu’en envoyant des photographes immortaliser le paysage canadien d’Est en Ouest. Pionnier de l’impression photomécanique [2], il a conçu des livres, articles illustrés, cartes postales, jeux de cartes ou autres assiettes souvenirs, qui participeront à la création d’un univers imaginaire photographique du Canada.
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Wm Notman & Son/William McFarlane Notman, Glacier Asulkan, parc des Glaciers, C.-B., 1889
Négatif sur verre inversé
© Musée McCord

L’exposition dépeint William Notman comme étant avant tout le bâtisseur d’un empire commercial basé sur l’innovation en photographie. Ludique et familiale, la scénographie est singulièrement pauvre en photographies d’origines et en contenus textuels. Introduction à William Notman, elle accompagne un catalogue remarquable. Illustré de près de 200 photographies de grande qualité, il comprend des articles passionnants sur la pratique photographique, l’idéologie de William Notman, ainsi que sur la gestion du fonds Notman par le Musée McCord [3].

Notman, photographe visionnaire
Jusqu’au 17 avril 2017
Musée McCord
690 rue Sherbrooke Ouest
Métro McGill
Mardi, jeudi et vendredi : 10 h à 18 h, mercredi : 10 h à 21 h, samedi et dimanche : 10 h à 17 h


[i]Notman, William (1866) Things You Ought to Know.
[ii]L’impression photomécanique permet d’imprimer des textes et des illustrations sur une même planche.
[iii]Samson, Hélène et Sauvage, Suzanne (2016), Notman, Hazan, Paris, Musée McCord, Montréal, 239 p.

 

 

VIOLETTE LOGET | RÉDACTRICE WEB

Diplômée en droit et en histoire de l’art de l’Université Paris I-La Sorbonne, Violette a établi ses quartiers à Montréal. C’était l’été 2013, en plein festival Fringe, et elle fait ses classes au (feu) Cabaret du Mile-End. Tombée sous le charme fou du Québec et la vitalité culturelle locale, elle intègre la maîtrise conjointe en muséologie (UdeM/UQAM). D’évènements en rencontres, elle rejoint les équipes du Musée McCord, puis du Musée des beaux-arts de Montréal, où elle fait de la recherche et de la rédaction. Pour satisfaire ses intérêts pour les arts, la culture et la réflexion, elle prend siège sur le comité d’évaluation de la maîtrise en muséologie (UdeM/UQAM), s’investit dans des projets de commissariat, à titre de rédactrice web pour la revue Ex_situ et elle intègre La Horde, l’équipe de jeunes porte-paroles du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

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