Atemporalités et Stealing Alice : L’univers de Marc Séguin déployé à l’Arsenal

Par Geneviève Marcil

Succédant à l’exposition consacrée à Marc Séguin à l’Espace musée de Québecor en octobre dernier[i], Atemporalités a la particularité d’allier, pour la première fois, les œuvres visuelles et littéraires de l’artiste québécois. Les extraits de ses romans La foi du braconnier, Hollywood et Nord Alice divisent les espaces démesurés de l’Arsenal en trois zones distinctes. Or, cette partition se fait au moyen de toiles créant des jeux de transparence et illustrant la porosité des thèmes et des enjeux formels qui traversent l’œuvre de Séguin.
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Vue de l’exposition
Crédits : Geneviève Marcil

Aux tableaux imposants qui parsèment l’espace d’exposition s’ajoutent des projections ponctuelles de Stealing Alice, œuvre cinématographique éthérée autoproduite par Séguin. Cette dernière est précédée du court métrage Le dernier mardi, réalisé par Fanny Mallette, et également en vedette dans Stealing Alice, constituant ainsi une adaptation intéressante d’une nouvelle de Séguin.

Présenté en grande première en octobre dernier lors du Festival du nouveau cinéma (FNC), le tout premier film de Séguin est, depuis, distribué au compte-goutte. D’ailleurs, l’artiste affirme même avoir songé à ne jamais le montrer[ii]. Avec une distribution qui ferait rougir d’envie bien des nouveaux venus du septième art (Joëlle Paré-Beaulieu, Denys Arcand, Fabien Cloutier, Elisapie Isaac, Gaston Lepage), le film se penche sur le destin d’une marchande d’art (Mallette) qui s’adonne au vol de tableaux, et ce, dans une soif de vengeance à la fois contre le système économique et la culture colonisatrice.

Fanny Mallette est magnétique en femme forte et vulnérable, sa performance n’étant ébranlée par moment que par son manque d’aisance dans la langue de Shakespeare, dont l’emploi est privilégié pendant la majeure partie du film. On apprécie toutefois les échanges en français, inuktitut et italien qui, en plus des scènes tournées de Kuujjuaq à Rome en passant par Manhattan, confèrent une aura cosmopolite au film. Ajoutons à cela des touches d’humour réjouissantes, notamment lorsque la figure paternelle bienveillante incarnée par Denys Arcand affirme son désir d’accrocher l’inestimable tableau de Turner dérobé par sa fille… dans sa salle de bain.
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Vue de l’exposition
Crédits : Geneviève Marcil

En somme, l’artiste multidisciplinaire et ses préoccupations ne sont jamais bien loin : on retrouve aisément la plume de l’écrivain derrière les dialogues denses de Stealing Alice et l’œil du peintre dans ses plans savamment étudiés. Ainsi, à travers les trois médiums mis en scène à l’Arsenal, les thèmes chers à l’artiste — la religion, le colonialisme, la chasse et bien d’autres encore — s’articulent aux réflexions identitaires des différents protagonistes. Dans cet ensemble, Stealing Alice apparaît à la fois comme le dernier morceau du casse-tête et comme une synthèse de l’œuvre passée. Deux dernières projections sont prévues à l’Arsenal : pour connaître les autres visionnements à venir, surveillez le site officiel du film[iii].

Atemporalités et Stealing Alice – Marc Séguin
 Jusqu’au 11 mars
Projections : 17 février, 19 h 30 et 19 février, 11 h
Arsenal Art Contemporain
2020, rue William
Métro Georges-Vanier
Mercredi-vendredi : 11 h à 18 h, samedi 10 h à 17 h

En en-tête: Vue de l’exposition
Crédits : Geneviève Marcil


[i]Québecor, « Québecor présente 18 œuvres de Marc Séguin », Québecor, En ligne, 2016, <www.quebecor.com/fr/comm/qu%C3%A9becor-pr%C3%A9sente-18-%C5%93uvres-de-marc-s%C3%A9guin>. Consulté le 9 février 2017.
[ii]François Lévesque, « L’art de respecter la pulsion », Le Devoir, En ligne, 5 octobre 2016, <www.ledevoir.com/culture/cinema/481564/l-art-de-respecter-la-pulsion>. Consulté le 9 février 2017.
[iii]Stealing Alice, « Visionnements / Viewings », Stealing Alice, En ligne, 2017, . Consulté le 9 février 2017.

 

GENEVIÈVE MARCIL | RÉDACTRICE WEB

Étudiante à la maîtrise en histoire de l’art, Geneviève se passionne pour les arts visuels et les divers enjeux sociaux que ceux-ci soulèvent. Elle tente de concilier cet intérêt avec son penchant pour les langues étrangères et la traduction en étudiant la scène artistique ouest-allemande des années 1960 dans le cadre de son mémoire. Comme l’atteste son expérience passée en tant que coordonnatrice au sein de l’organisme Art souterrain, voué à l’installation d’œuvres contemporaines dans des lieux publics de la métropole, elle s’intéresse également à la scène culturelle montréalaise et à son rayonnement dans une visée démocratique.

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