INSTA de Galerie Galerie : Un espace de diffusion infini dans l’immatérialité du Web

Vernissage de l’exposition INSTA : Away from keyboards qui eut lieu au Livart le 8 juin dernier.
Crédits : Galerie Galerie

Par Charlie Carroll-Beauchamp

Du 8 juin au 13 juillet 2017, Galerie Galerie présente l’exposition en ligne INSTA : Away from keyboards. Cet organisme sans but lucratif propose un espace dédié aux pratiques artistiques numériques d’artistes émergents et professionnels. En utilisant la plateforme Web pour la diffusion du contenu artistique, Galerie Galerie inscrit sa démarche dans une mouvance de l’art post-Internet[i].

Entrée du site Web de l’exposition en ligne INSTA : Away from keyboards.
Crédits : Galerie Galerie

INSTA est constituée de l’œuvre de Sarah L’Hérault, Il est faux de croire que tu ne reverras peut-être jamais cette belle poubelle pas du tout instable (2017) et celle de Mathieu Cardin, John Frum, les masseuses et autres entreprises (2017). Tous deux reconnus comme étant des créateurs d’art installatif, ils réfléchissent ici à l’occupation de l’espace en ligne. En effet, avec l’avènement des expositions virtuelles, une question se pose quant à l’immatérialité du Web par rapport à la matérialité de l’objet d’art. Serait-il possible de rematérialiser l’espace virtuel du Web par l’utilisation des images et de leurs référents ? Recréant un univers immatériel dans l’espace virtuel, cette exposition s’inscrit en effet dans la mouvance de notre société dématérialisée où les transactions bancaires, les rapports humains et le travail, entre autres, s’exécutent à travers un écran. C’est d’ailleurs dans ce trop-plein d’images hétéroclites proposé par les deux artistes de INSTA, que l’espace même de la galerie se voit illimité, ne possédant plus de limites physiques. Faisant apparaître un nouvel espace à chaque clic de souris, l’œuvre de Mathieu Cardin renvoie au principe de pluralité des espaces virtuels propres aux jeux vidéo, où les différents niveaux s’additionnent dans une quête sans fin de mondes nouveaux. Dans l’œuvre de Sarah L’Hérault, on retrouve une sculpture « scrollable » où l’exploration même de l’œuvre n’est possible qu’en utilisant la barre de défilement. L’exposition en entier ne s’active donc que par l’utilisation de la souris, à travers les clics et le « scrollage », attitude symptomatique de l’ère numérique.

Détenant une esthétique plutôt kitsch, le site internet de Galerie Galerie rappelle le côté 1.0 du Web par sa forme, rejoignant ainsi l’esthétique des œuvres des deux artistes de INSTA. Dans un désir de redonner une certaine matérialité à la plateforme Web elle-même, cette esthétique plutôt brute fait en quelque sorte ressortir la structure matérielle sous-jacente, celle qui permet l’activation de cette immatérialité du numérique qui nous est donnée à voir.


Sarah L’Hérault, Il est faux de croire que tu ne reverras peut-être jamais cette belle poubelle pas du tout instable (2017)
Crédits : Galerie Galerie

Sarah L’Hérault nous présente son œuvre Il est faux de croire que tu ne reverras peut-être jamais cette belle poubelle pas du tout instable qui se définie comme une sculpture « scrollable ». Créant ce qu’elle appelle un « art à toucher », ses installations sculpturales et ses dessins visent une interaction avec le spectateur. C’est d’ailleurs ce que l’on perçoit dans cette œuvre, puisque le spectateur doit activer celle-ci en utilisant la barre de défilement de son appareil électronique. Il y a donc ici, tout comme dans ses œuvres physiques, une participation active du spectateur dans l’espace de cette sculpture virtuelle.

La sculpture se compose d’objets divers provenant de poubelles qui défilent sous le doigté du spectateur. L’Hérault aime utiliser dans ses œuvres des éléments hétéroclites, objets banals du quotidien, qu’elle tente de décontextualiser pour y faire ressortir non plus la symbolique de l’image, mais bien l’esthétique de l’objet lui-même. En prenant une poubelle et son contenu comme sujet de l’œuvre, l’artiste souhaite rendre beau et artistique ce qui, dans la culture de tous les jours, se réfère à un objet laid et repoussant. Priorisant les objets colorés et ludiques, ces débris scintillants rendent bien compte de l’esthétique de l’artiste. Une voix audio s’ajoute à l’animation de l’œuvre. Celle-ci décrit les objets qui défilent sur l’écran, donnant à la virtualité de l’œuvre un côté immersif d’autant plus ponctué. Le choix d’objets usuels et la description audio renforcent en quelque sorte la matérialité de l’œuvre. En effet, en les dégageant de leur contexte habituel, ces débris n’existent ici que pour eux-mêmes, et non plus dans leur aspect fonctionnel auquel ils sont normalement rattachés.


Mathieu Cardin, John Frum, les masseuses et autres entreprises (2017)
Crédits : Galerie Galerie

Dans son œuvre John Frum, les masseuses et autres entreprises, Mathieu Cardin utilise, tout comme dans l’œuvre de Sarah L’Hérault, une esthétique du kitsch où la culture américaine (hamburgers, cola, frites) se mélange, entre autres, à des palmiers et des animations graphiques rappelant les premiers jeux vidéo. Le trop-plein d’images hétéroclites renforce ici le concept de l’image publicitaire. En effet, on se retrouve bombardé par ces images propres à la culture de consommation nord-américaine, sans toutefois voir une suite logique parmi tous ces objets. La disposition d’une panoplie d’éléments à portée du doigt, rappelant ainsi les achats en ligne, où l’offre et la demande ne cessent de fluctuer. La consommation virtuelle brouille les pistes entre réel et fiction, l’accès aux produits les plus diversifiés se retrouvant sur un même écran d’ordinateur.

On observe donc, à travers l’exploration de cette exposition en ligne, les multiples possibilités offertes par le Web en termes de création et de diffusion. En sortant des lieux physiques de l’exposition (galeries, centres d’artistes, musées) on assiste à une nouvelle forme d’accessibilité où l’immatériel rend possible le pluriel.

INSTA : Away from keyboards
Jusqu’au 13 juillet
Galerie Galerie

En bannière: Mathieu Cardin, John Frum, les masseuses et autres entreprises (2017)
Crédits : Galerie Galerie


[i] Benoit Lamy de la Chapelle, Zéro Deux, En ligne. <http://www.zerodeux.fr/essais/de-lart-post-internet/&gt;

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