Leonard Cohen : Une brèche en toute chose au MAC : vibrant hommage du monde de l’art à l’œuvre de Cohen

Par Charlie Carroll-Beauchamp

Leonard Cohen nous ayant quitté l’année dernière, le Musée d’art contemporain de Montréal souligne cette année l’influence de son œuvre, avec la participation d’artistes visuels contemporains et de musiciens locaux et internationaux, dans une exposition pluridisciplinaire nous plongeant dans l’univers de Cohen. Ce dernier ayant donné son appui au projet de son vivant, l’exposition vient s’inscrire dans la programmation officielle des festivités de 375e anniversaire de Montréal. Il s’agit de la première exposition du genre consacrée à cette légende planétaire d’origine montréalaise qu’a été Leonard Cohen.

Six salles sont consacrées à cet hommage vibrant et éclectique où se mêlent arts visuels, réalité virtuelle, installations, performances et musique. Créées par des artistes et musiciens contemporains de divers horizons, les œuvres ont été commandées par le MAC pour cette exposition. Nous serions portés à croire de prime à bord qu’il pourrait s’agir d’une exposition biographique retraçant l’histoire et la carrière de Cohen à travers de simples archives, mais la formule proposée est beaucoup plus éclatée. Nous y retrouvons l’essence même de l’inspiration créatrice que portent l’œuvre et les écrits de Cohen. Voilà ce qui rend cette exposition si touchante et sensible; le caractère subjectif et interprétatif des œuvres conçues selon une vision singulière et personnelle de chaque artiste, influencés à leur manière par la poétique de cette icône.

Bien qu’il s’agisse d’une exposition très complète et complexe comportant 20 œuvres de 40 artistes provenant de 10 pays différents, je propose de vous exposer brièvement une sélection de quelques œuvres travaillant à partir de médiums diversifiés rendant toutes hommage, à leur manière, à cette légende artistique.

Kara Blake, The offerings, 2017

Cette installation vidéographique à cinq canaux, d’une durée de 35 minutes de la réalisatrice canadienne Kara Blake, présente un portait intime et révélateur de Leonard Cohen. Constituée d’entrevues et d’archives sur plusieurs décennies de sa longue carrière, il s’agit d’une œuvre phare de l’exposition, selon moi, puisqu’elle présente un large portrait de Cohen. En effet, dans ces extraits, il ne discute pas seulement de sa carrière d’écrivain et de musicien; il partage également ses réflexions sur des sujets plus universels ayant une portée philosophique, tel que l’amour, la spiritualité ou la politique, avec la sincère humilité qu’on lui connait.

Candice Breitz, I’m Your Man (A Portrait of Leonard Cohen), 2017

Il s’agit ici d’une œuvre d’installation vidéographique de grande ampleur tournée au Centre Phi de mai à juin 2017. L’artiste sud-africain Candice Breitz y recrée un chœur de choral, joignant les voix de 18 admirateurs de Leonard Cohen qui interprètent, chacun à leur manière, la pièce I’m Your Man. Breitz poursuit ainsi son étude anthropologique de la figure de l’admirateur.

Composée de deux parties, l’œuvre présente également, dans une autre salle, une vidéo des harmonies vocales de l’album I’m Your Man interprétée par le chœur d’hommes de la congrégation de Westmount ; la Shaar Hashomayim Synagogue Choir, à laquelle Cohen a appartenu durant toute sa vie.

Janet Cardiff et George Bures Miller, The Poetry Machine, 2017

C’est au centre d’une pièce sombre que trône un authentique orgue Wurlitzer des années 1950. Avec The Poetry Machine, les artistes canadiens Janet Cardiff et George Bures Miller ont conçu une installation immersive à partir d’un livre de poèmes de Cohen intitulé Book of Longing. Chaque touche du clavier contient l’enregistrement d’un poème du recueil récité par Cohen. C’est en activant les touches de l’orgue, soit une ou plusieurs à la fois, que le spectateur intervient et active l’œuvre. Ce dernier peut donc jouer avec la voix et l’enchaînement des poèmes de Cohen et ainsi créer une nouvelle version personnalisée, aléatoire, et parfois même cacophonique du recueil d’origine. L’orgue, rappelant une forte symbolique religieuse et spirituelle, ajoutée à la voix de Cohen qui se fait entendre dans les différents haut-parleurs, favorise une ambiance de recueillement et de contemplation.

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Janet Cardiff et George Bures Miller, The Poetry Machine, 2017
Installation audio interactive et techniques mixtes
Orgue, haut-parleurs, tapis, ordinateur et dispositifs électroniques
Avec l’aimable permission de Luhring Augustine, de la Fraenkel Gallery, et de la Koyanagi Gallery,
Tous les poèmes écrits et déclamés par Leonard Cohen proviennent du recueil Book of Longing, 2006.
Commandée par le Musée d’art contemporain de Montréal
Crédits : Musée d’art contemporain de Montréal

Jon Rafman, Legendary Reality, 2017

C’est en recréant un environnement de salle de cinéma que l’artiste montréalais Jon Rafman rend un hommage personnalisé à Leonard Cohen avec la création d’un film-essai de science-fiction intitulé Legendary Reality. S’intéressant dans son art à la place de la technologie dans la vie contemporaine par l’entremise de différents médiums, dont la vidéo, Rafman crée ici un récit comportant une structure temporelle non linéaire, où la voix d’un narrateur évoque des souvenirs, des rêves, mélangeant la réalité documentaire et la dystopie du récit de fiction. La médiation proposée s’inspire de la vie et de l’œuvre de Cohen par une esthétique rappelant celle des jeux vidéo fréquemment utilisée chez Rafman. Toutefois, une sensibilité très intime et humaine surgit de cette installation vidéographique composite dans laquelle est raconté le périple de l’âme d’un homme que l’on pourrait croire être Leonard Cohen.

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Jon Rafman, Legendary Reality, 2017
Installation vidéographique, couleur, son stéréo, 20 min, en boucle, incluant sièges de salle de cinéma
Avec l’aimable permission de l’artiste, de la Sprueth Magers, et de la Galerie Antoine Ertaskiran.
Commandée par le Musée d’art contemporain de Montréal
Crédits : Musée d’art contemporain de Montréal

À l’écoute de Léonard, 2017

À la fin du parcours de l’exposition, le spectateur est invité à s’installer dans une pièce où des panneaux de lumières monochromes sont synchronisés au rythme des pièces audio jouées. On y propose un mélange de dix-huit classiques du répertoire de Cohen nouvellement enregistrés et retravaillés par des musiciens et des interprètes locaux et internationaux tels que Moby, Half Moon Run, Dear Criminals, Feist ou encore Ariane Moffatt, pour n’en nommer que quelques-uns.

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À l’écoute de Léonard, 2017
Environnement audio multimédia
Crédits : Musée d’art contemporain de Montréal

De plus, répondant à l’appel toujours grandissant pour les expériences immersives, on nous propose deux œuvres (Depression chamber (2017) de Ari Folman et Hallelujah (2017) de Zach Richter), crées pour l’exposition, qui ne permettent qu’un spectateur à la fois. La première est une installation multimédia immersive et la deuxième, une expérience en réalité virtuelle.

Cette exposition est un hommage à Leonard Cohen où le côté transcendantal, spirituel et contemplatif est mis de l’avant par l’entremise des divers dispositifs de l’art contemporain. Elle tente de faire vivre au spectateur une expérience aussi sensible, touchante et introspective que celle qui caractérise l’œuvre de Cohen elle-même.

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Leonard Cohen
© Old Ideas, LLC
Crédits : Musée d’art contemporain de Montréal

Leonard Cohen : Une brèche en toute chose / A Crack in Everything
Jusqu’au 9 avril
Musée d’art contemporain de Montréal
185, rue Sainte-Catherine Ouest
Métro Place-des-Arts
Mardi au vendredi : 11h à 18h, mercredi : 11h à 21h, samedi et dimanche : 10h à 18h

 

CHARLIE CARROLL-BEAUCHAMP | RÉDACTRICE WEB

Charlie est titulaire d’un baccalauréat en histoire de l’art de l’Université de Montréal et présentement candidate à la maîtrise en histoire de l’art à l’UQÀM. À travers ses recherches, elle s’intéresse à l’hégémonie de la vue présente dans les arts visuels, son influence dans l’écriture de l’histoire de l’art, ainsi qu’aux alternatives polysensorielles proposées par certain(e) s artistes contemporains. Son étude de cas porte sur la pratique de l’aveuglement volontaire chez l’artiste québécoise d’art actuel Raphaëlle de Groot. Guide et ambassadrice durant l’édition 2017 du Festival d’art contemporain Art Souterrain, son attrait pour l’éducation l’a pousse à vouloir transmettre sa passion par une approche pédagogique et médiatrice de l’art. Elle affectionne particulièrement le contact avec les gens, ainsi que la possibilité d’échanger et de communiquer sur les diverses pratiques artistiques.

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