Napoléon : art et vie de cour au palais impérial au MBAM

Par Daphné Jeannotte

Ce sont les amateurs d’histoire qui, ici, seront interpelés par cette exposition organisée et mise en circulation par le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). Napoléon : art et vie de cour au palais impérial relate les faits historiques découlant de la chute de la monarchie française en 1789, période marquante qui précède la proclamation de Bonaparte comme empereur de France. On retrouve, dans cette exposition, des pièces inédites n’ayant, pour la plupart, jamais été exposées en Amérique du Nord. Transportez-vous, le temps d’une exposition, dans l’ère napoléonienne où le MBAM vous « invite à revivre l’ambiance somptueuse de la cour de Napoléon et la construction de sa propagande »[i].

Joseph Franque, L’impératrice Marie-Louise veillant sur le sommeil du roi de Rome, huile sur toile, 1811.
Crédit photo : Daphné Jeannotte

L’image glorieuse napoléonienne

L’exposition s’ouvre sur l’image glorieuse napoléonienne, où la propagande d’un système idéologique impérial est mise en évidence. Le spectateur est transporté dans une salle aux murs peints d’un rouge rappelant la force et le luxe du règne de Bonaparte où l’on reconnaît, gravé sur les murs, l’abeille impériale. C’est le Portrait de Napoléon en grand habillement réalisé par François-Pascal-Simon Gérard en 1805 qui nous accueille dans toute sa notoriété éclipsant, grâce aux allures de l’empereur, les souvenirs de la Révolution française. De taille monumentale, cette œuvre met en évidence la puissance de Napoléon, rappelant celle d’un monarque, par la représentation de couleurs victorieuses, tel le rouge, mais également par la posture du sujet. Or, cette image minutieusement construite par l’empereur français n’était pas seulement adoptée par lui-même ; elle l’était également par l’impératrice. À la droite de l’œuvre de Gérard, on retrouve une scène de genre réalisée par Joseph Franque intitulée L’impératrice Marie-Louise veillant sur le sommeil du roi de Rome. Cette toile présente l’épouse de l’empereur français veillant sur leur fils Napoléon II. Dans sa main droite, Marie-Louise tient un petit portrait de son époux suggérant la présence continuelle de Napoléon dans l’image impériale. Cette scène de genre représente parfaitement le système patriarcal dont l’empereur prônait, alors qu’il voit en la femme le devoir « d’assurer la progéniture de chaque foyer français »[ii].

Henry Auguste, Garniture d’autel du mariage de Napoléon et de Marie-Louise, puis de la chapelle des Tuileries : six chandeliers et un crucifix, vermeil, 1809.
Crédit photo : Daphné Jeannotte

Catholicisme et traditions monarchiques

Grâce au don que l’entrepreneur canadien Ben Weider a octroyé au Musée des beaux-arts de Montréal, il est possible pour les visiteurs de constater l’ampleur de la richesse de l’empereur par la présentation d’objets et d’orfèvreries inédits. Alors que le catholicisme est au cœur du système impérial de Napoléon, ce dernier commande à Henry Auguste des éléments singuliers de la religion catholique. Dans cette pièce consacrée au renouvellement sacré entre le Pape et la population française, l’accent est mis sur Garniture d’autel du mariage de Napoléon et de Marie-Louise, puis de la chapelle des Tuileries : six chandeliers et un crucifix, alors que des lumières maintiennent leur importance dans la pièce. Pourtant, ce désir de rétablir les liens avec l’Église s’apparente davantage au souhait de renouer avec les traditions monarchiques, tenues à l’écart depuis la destitution de Louis XVI, en se présentant comme souverain chrétien.

Denzil O. Ibbetson, Napoléon sur son lit de mort, huile sur toile, 1821.
Crédit photo : Daphné Jeannotte

De la déchéance à la mort

On reconnaît dans cette exposition, mais aussi au règne de Napoléon Ier, une continuité visuelle de l’image de l’empereur français. Or, les dernières années de son existence sont vouées à l’isolement et la solitude lorsqu’il est exilé à Sainte-Hélène, en 1815, jusqu’à sa mort. Dédiée aux dernières années de la vie de Napoléon, la dernière salle dégage une ambiance funèbre où le luxe et le pouvoir, précédemment mis de l’avant, sont remplacés par une silencieuse mélancolie. Les peintres académiques favoris de l’empereur, ne partageant plus son quotidien, ce sera au tour de Denzil O. Ibbetson, commissaire général de l’armée britannique, d’étudier l’empereur déchu. À la mort de Napoléon Bonaparte en 1821, Ibbetson réalise un portrait de ce dernier dépourvu de toute gloire. Napoléon sur son lit de mort est à l’opposé des commandes et portraits réalisés sous le règne de l’empereur où l’on fait place à la simplicité. En effet, la tridimensionnalité est mise de côté pour faire place à l’espace bidimensionnel. De plus, les couleurs froides prennent le dessus aux couleurs chaudes auparavant utilisées dans la représentation de la portraiture de l’empereur. Sur le torse de Napoléon repose un crucifix de bois montrant, à nouveau, que la richesse et la gloire ne le représentent plus : « Le cadavre est celui d’un homme seul, usé, parvenu au terme d’une longue agonie »[iii]. Ce sont sans doute ces éléments qui rendent le portrait intéressant puisqu’il exclut l’image propagandaire minutieusement construite par Bonaparte.

Napoléon : Art et vie de cour au palais impérial
Jusqu’au 6 mai 2018
Musée des beaux-arts de Montréal
1380, rue Sherbrooke Ouest
Montréal, QC
Métro Guy-Concordia
Métro Peel
Mardi de 10h à 17h
Mercredi de 10h à 21h
Jeudi à dimanche de 10h à 17h

En bannière : Antoine-Denis Chaudet, Buste de Napoléon, biscuit de porcelaine, 1806.
Crédit photo : Daphné Jeannotte


[i]Sylvain Cordier, commissaire de l’exposition et conservateur des arts décoratifs anciens.
[ii]Ibid.
[iii]Ibid.

 

DAPHNÉ JEANNOTTE | RÉDACTRICE WEB

Titulaire d’un certificat en scénarisation cinématographique, Daphné réoriente ses études en histoire de l’art, à l’UQÀM, où elle est maintenant étudiante au baccalauréat. Une fois bachelière, elle compte poursuivre ses études aux cycles supérieurs en muséologie. Les enjeux entourant les Premières Nations et l’égalité des genres sont des thèmes qui l’affectionnent particulièrement. Elle estime que la guérison des problématiques entourant les peuples autochtones passe, entre autres, par l’expression des formes artistiques. Passionnée par la photographie, elle pratique ce médium dans ses temps libres. Daphné participe à la rédaction de la revue Ex_situ depuis février 2018.

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