Buveurs de Quintessences à la Fonderie Darling

Par Daphné Jeannotte

Exposant le travail d’artistes québécois, canadiens et internationaux, Buveurs de Quintessences, présenté à la Fonderie Darling, propose une réflexion sur la thématique du vide. Cette idée a longuement été étudiée par de nombreux artistes à travers ses différents modes de représentation. S’inspirant du poème de Charles Baudelaire, Perte d’auréole, cette exposition s’articule sur les similitudes qu’elle partage avec les thématiques de l’écrit du poète. Buveurs de Quintessences présente donc le travail de douze artistes à la recherche de la pureté de la représentation du vide par des œuvres où les réflexions vont au-delà des apparences.

János Sugár, Fire in the museum, vue de l’exposition « Buveurs de Quintessences », 2008 / 2018.
Crédit photo : Maxime Boisvert

L’infinité comme fascination

C’est par l’odeur du bois brûlant et de la chaleur réconfortante de l’œuvre de János Sugár, Fire in the museum, que le spectateur est introduit dans la grande salle de la Fonderie Darling. Ce projet, réalisé par l’artiste établi à Budapest, consiste en l’alimentation continuelle du feu par l’entremise du vieux foyer faisant déjà place dans la fonderie. L’idée est donc qu’il y ait une flamme du début jusqu’à la fin de l’exposition, et ce, autant durant les nuits que lors des journées où la fonderie est fermée au public. Des dépliants explicatifs sont posés sur une table basse faisant face au foyer où les intentions initiales et les démarches de János Sugár sont détaillées. Les visiteurs autant que les employés de ce centre d’arts visuels sont invités à participer à alimenter le foyer contribuant, chacun, en l’infinité de l’œuvre de l’artiste. Il est donc permis de brûler des papiers et des bûches, ou simplement de s’asseoir sur les chaises adjacentes au foyer. Ainsi, ce projet propose une interaction sociale entre les visiteurs où une fois la flamme éteinte, l’œuvre de János Sugár, Fire in the museum, redevient cendre.

Marie Cool Fabio Balducci, Sans titre, eau, fil de coton, scotch, table. Document vidéo, 1 min. 06 en boucle, 2011.
Crédit photo : Fonderie Darling

L’œuvre de Marie Cool Fabio Balducci s’articule également autour de la thématique de l’infinité. L’artiste présente une vidéo en boucle d’une durée d’une minute et six secondes, où elle-même représente le sujet. On la voit déposer un fil de coton rigide sur une surface plane où se trouve de l’eau. Le contact du fil de coton avec la substance liquide crée une vibration légère sur l’eau où l’idée de l’infinité est perpétuée. Or, l’intention de l’artiste est l’expérience du présent où le spectateur autant que le sujet observe un rapport continuel avec le moment actuel.

Kelly Mark, The Kiss, vidéo / sculpture, 2 téléviseurs et socle, 2007.
Crédit photo : Daphné Jeannotte

Le romantisme en péril

Poursuivant l’exposition dans la petite salle de la Fonderie Darling, on remarque, à la gauche de la pièce, deux petits téléviseurs posés sur un socle blanc, avec des écrans positionnés en face à face. Bien qu’ils soient allumés, il est impossible de voir les images qui y défilent. L’artiste explique, sur son site Internet, que la source lumineuse de cette œuvre est celle d’un enregistrement de la lumière projetée d’un film pornographique hardcore. La lumière, qui en résulte, est donc constante et rythmique et elle fait émaner un éclairage rougeoyant.[i] La proximité des écrans évoque le baiser, certes, mais elle est dotée d’un tout autre sens allant bien au-delà du regard. En effet, ce que Kelly Mark dénonce, ici, c’est l’aspect nocif de l’addiction aux accessoires technologiques sur les relations humaines. Ainsi, le romantisme se voit menacé par les appareils électroniques, mais surtout par ce qu’en font ses consommateurs.

Kitty Kraus, Untitled, ampoule, glace, encre, 2006.
Crédit photo: Maxime Boisvert

L’imprévisible

Dans le but de perpétuer ces œuvres à chaque fois minimalistes, Untitled de Kitty Kraus présente une ampoule, allumée, déposée sur le sol. Une flaque d’encre sèche se loge au-dessous de l’ampoule, pour s’étendre jusqu’à environ un mètre, créant une distorsion dans le prolongement de l’œuvre. Initialement, ce projet consiste en l’incubation de l’ampoule et d’une couche d’encre noire dans un bloc de glace. Dans la même idée de continuité propre à Buveurs de Quintessences, cette œuvre de Kitty Kraus n’a pourtant pas le même effet visuel au début et à la fin de l’exposition. Par la fonte du cube de glace, il est impossible de prévoir l’étalement de l’encre noir. Ainsi, son contenu initial diffère complètement du contenu final. En conséquence, la pertinence de cette œuvre dépend de son processus alchimique global.

Buveurs de Quintessences présente, ainsi, le travail de douze artistes fascinés par le vide, l’art minimaliste étant au cœur de ses préoccupations. Contribuant en la compréhension des œuvres présentées, la Fonderie Darling fournit, à votre demande, un document réunissant les démarches de chaque artiste présent en s’assurant de développer un propos concernant leurs intentions.

Buveurs de quintessences
Jusqu’au 6 mai 2018
Fonderie Darling
745, rue Ottawa
Montréal, QC
Métro Square-Victoria-OACI
Mercredi de 12h à 19h
Jeudi de 12h à 22h
Vendredi, samedi et dimanche de 12h à 19h


[i]AXENÉO7, MARK, Kelly, « The Kiss », dans Video. En ligne. .

DAPHNÉ JEANNOTTE | RÉDACTRICE WEB

Titulaire d’un certificat en scénarisation cinématographique, Daphné réoriente ses études en histoire de l’art, à l’UQÀM, où elle est maintenant étudiante au baccalauréat. Une fois bachelière, elle compte poursuivre ses études aux cycles supérieurs en muséologie. Les enjeux entourant les Premières Nations et l’égalité des genres sont des thèmes qui l’affectionnent particulièrement. Elle estime que la guérison des problématiques entourant les peuples autochtones passe, entre autres, par l’expression des formes artistiques. Passionnée par la photographie, elle pratique ce médium dans ses temps libres. Daphné participe à la rédaction de la revue Ex_situ depuis février 2018.

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