SAK VID PA KANPE ! [ UN SAC VIDE NE TIENT PAS DEBOUT ! ]

Par Charline Giroud

Dès le 14 janvier 2021
Galerie de l’UQAM
Exposition virtuelle accessible en ligne
Commissariat : Musée d’art actuel / Département des invisibles (MAADI)

Troisième volet de QUADrature, une série de quatre expositions virtuelles présentées par la Galerie de l’UQAM, Sak vid pa kanpe, proverbe créole signifiant « Un sac vide ne tient pas debout », est un appel à l’action. Dès la première page, le visiteur est invité à lire un manifeste rédigé par le Musée d’art actuel / Département des invisibles qui a commissarié l’exposition. En prenant à partie l’ensemble des acteurs du secteur artistique québécois, ce collectif espère le faire réagir sur son manque cruel de diversité. Il en appelle ensuite au sens critique du visiteur en le plongeant dans quatre univers revendicatifs et représentatifs d’une lecture plurielle et inclusive de l’art. Les enjeux soulevés par chaque artiste sont clairement expliqués dans les cartels, ce qui laisse peu de place à la libre interprétation, mais permet de faire réfléchir le visiteur sur des réalités qui lui sont majoritairement inconnues et qui viennent se confronter à sa propre réalité.

Réappropriation culturelle et politique

La vidéo performance Ann chavire chodyè a [Chavirons le système], réalisée par Marie La Vierge et Yonel Charles en 2021, montre un homme et une femme se livrant à une danse rituelle devant des murales d’une ville d’Ayiti. Ils sont vêtus de rouge et de noir, couleurs symbolisant l’indépendance du pays. La femme a un piquet autour du cou sur lequel flottent les drapeaux du Canada, de la France et des États-Unis. Elle suffoque et tente de s’en défaire, jusqu’à ce que l’homme finisse par la délivrer à l’aide d’une machette. Symbolisant l’appropriation des terres de leurs ancêtres, sur lesquelles les pays colonisateurs continuent d’avoir une ingérence, cette œuvre revendique la liberté culturelle et politique du peule ayitien.

Marie La Vierge et Yonel Charles, Anne chavire chodyè a, 2021, vidéo performance, couleur, son, 17’50.

Liberté de se déplacer

Dans son œuvre It looks nice from a distance (2020), Anahita Norouzi présente une vidéo de migrants, tantôt marchant le long d’une route, tantôt rassemblés dans un parc, sur laquelle se superposent de petites vidéos de lieux touristiques filmés en direct où on ne peut que constater le vide laissé par le confinement actuel. Sur fond de chants d’oiseaux, l’artiste s’adresse directement au visiteur en l’invitant à une méditation et à une réflexion. Déplacements interdits et frontières fermées apparaissent comme des faits exceptionnels aujourd’hui alors que c’est une réalité quotidienne pour des milliers de migrants chaque année. On s’interroge également sur la façon dont ces situations migratoires sont gérées en ces temps de pandémie.

Le droit à la réappropriation de son corps

Performance.png (2021), de l’artiste Francisco Gonzalez-Rosas, est une mosaïque de vidéos performances, de photographies, d’images virtuelles et de textes présentant le processus de numérisation d’un être humain. Plateau de tournage, green screen, layer Photoshop, caméra, télévision et tablette : tout le dispositif est disséqué aux yeux des visiteurs et la transformation s’apparente à une intervention chirurgicale. L’avatar ainsi créé est dévoilé dans une animation finale où l’artiste énonce son propre manifeste : le corps humain est le produit de déterminants sociaux et culturels qui sont issus du colonialisme et du capitalisme. Il faut ainsi les déconstruire et réclamer le droit à l’intégrité, à l’individualité et à l’unicité de son corps, face à un monde qui se standardise, voire se déshumanise.

Liberté individuelle et démocratique

White flowers (2020) d’Eliza Olkinitskaya est un ensemble de deux vidéos performances placées l’une à côté de l’autre. La première diffuse des images de manifestations qui sont projetées sur cinq femmes, se tenant par le bras, dans la rue, immobiles et toutes vêtues de blanc. La deuxième montre des fils barbelés filmés en gros plan et sur lesquels des mains féminines plantent des petites fleurs blanches, tel un cataplasme. Le son est constitué d’une alternance de bruits violents de manifestations et de douce musique instrumentale, agissant là encore comme un pansement. L’artiste symbolise ainsi la lutte pacifiste des femmes biélorusses en réponse à la brutalité des représailles subies lors du soulèvement du peuple contre la réélection d’Alexandre Loukachenko.

Eliza Olkinitskaya, White Flowers (image tirée de la video), 2020, vidéo performance, couleur, son, 14’24.

Qu’elle soit politique, sociale, économique, culturelle ou artistique, l’exposition Sak vid pa kanpe ! est une revendication. Les œuvres témoignent de la violation de plusieurs droits et libertés humaines et appellent à l’action pacifiste. Avec leurs propres moyens d’expression, chaque artiste fait acte de résistance et éveille les consciences pour que la lutte contre les injustices se poursuive.
En donnant la parole à des artistes issu·e·s de la diversité, l’exposition énonce aussi sa propre revendication : avoir une approche inclusive et multiple de l’art contemporain.

En bannière : Francisco Gonzalez-Rosas, performance.png (image tirée de la vidéo), 2021, performance vidéo, vidéo performance, couleur, son, animation 3D.

 

CHARLINE GIROUD | WEBMESTRE ET RÉDACTRICE WEB

Étudiante en histoire de l’art à l’UQÀM, Charline a auparavant complété un baccalauréat en sciences de la gestion ainsi qu’une maîtrise en communication, marketing et vente en France. Durant ses premières années d’expérience professionnelle, elle s’inscrit aux cours du soir de l’École du Louvre à Paris et décide alors de se spécialiser dans le domaine des arts. Ses intérêts se portent principalement sur les enjeux économiques et sociaux qui entourent l’art actuel et ses acteurs. Charline s’implique également dans différentes organisations artistiques montréalaises. Elle effectue ainsi un stage à la galerie CIRCA en tant que co-commissaire d’expositions et occupe le poste d’adjointe aux communications au sein du syndicat Théâtres Unis Enfance Jeunesse qui soutient le théâtre jeune public québécois.

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