Appel de textes et d’œuvres


Exposer des corporéités hors normes

Hors-série spécial anniversaire


Codirigé par le chercheur Quentin Petit Dit Duhal et la chercheuse Jessica Ragazzini, invité·e·s spéciaux·ale·s de cette édition hors-série anniversaire, ce numéro propose d’examiner la mise en scène de nouvelles corporéités – hybrides, multiples et mouvantes – au sein des représentations artistiques et dans la sphère muséale, en réfléchissant aux liens qui unissent les conditions d’exposition et les œuvres.

Depuis les années 1980, les critiques féministes, queers, post-coloniales et dé-coloniales placent des corporéités échappant à la portée universelle du corps blanc, masculin, hétérosexuel et valide comme de nouveaux sujets de discours politiques et de pratiques sociales. Mais qu’en est-il de l’impact de ce renouvellement de paradigme dans le champ de l’imaginaire et des arts? La question des expositions tant québécoises qu’internationales est-elle étrangère à ces bouleversements? Comme en témoignent notamment les expositions universelles et les freak shows, les corps déviants des normes ont toujours été mis en scène. De nouvelles figures de résistance émergent ainsi depuis la fin du XXe siècle, comme celle multiple de la mestiza que Gloria Anzaldúa conçoit comme conscience métisse, entre deux cultures (Anzaldúa, 1987), ou celle non normative du freak, qui permet, selon Renate Lorenz, de remettre en cause les fondements du soi et la production de savoir, en référence aux freak shows historiques (Lorenz, 2012).

Depuis les années 1980, la science et la médecine ont donné une nouvelle forme médiatique à l’hors-norme lorsque celui-ci se confond à la technologie : la figure du cyborg choisie par Donna Haraway représente des changements majeurs qui symbolisent une critique sociale et politique (Haraway, 1984), ou encore le corps posthumain, sujet de l’exposition éponyme commissariée par Jeffrey Deitch en 1992. En effet, ces différents registres de corporéités composites s’imposent également dans la sphère muséale depuis les années 1990 par l’exposition de la performance qui présente le corps, son mouvement et son immobilité comme des objets d’art, mais également dans le choix des thématiques-mêmes des expositions (Patricia Piccinini. Une autre vie, Galerie de l’UQAM, 2015 ; Black Futur Month 3015, OCAD University, 2016 ; Afrofuturism: Embracing a New African Nova Scotian Perspective, Halifax North Library, 2018 ; Pétition contre la Mort/ORLAN, Le Lieu centre en art actuel, 2019 ; House of Skin, Cinémathèque québécoise 2022 ; …).

Ce numéro propose alors de questionner la manière dont les différents modes de représentation et pratiques de monstration donnent à voir ces nouvelles corporéités. Il examinera comment la création (du point de vue des artistes), la présentation (à partir de l’angle muséal) et la réception (par le prisme des médias) des œuvres mettent en scène le caractère hybride, multiple et mouvant des identités.


Les propositions pourront notamment traiter des thématiques suivantes autour de l’art et de l’exposition : 

– l’impact de l’ambiguïté corporelle sur le musée;

– l’expographie considérant les exclusions sociales;

– …


Modalités de propositions :

𝔼𝕩𝕥𝕖𝕟𝕤𝕚𝕠𝕟 // Nous invitons les auteur·e·s émergent·e·s ainsi que les étudiant·e·s des milieux universitaires à interroger ces enjeux et à nous faire parvenir une courte biographie ainsi qu’une proposition (300 mots maximum) à l’adresse edition.revueexsitu@gmail.com avant le lundi 12 août.

Entrevues, critiques, recensions théoriques, essais; l’hybridité est encouragée. En plus de la publication papier et de la mise en ligne sur notre site web, les textes publiés seront aussi intégrés à la bibliothèque numérique d’Artexte. Pour consulter notre dernier numéro.

Le texte complet ne devra pas dépasser les 2000 mots, notes incluses, et devra être remis avant la date limite du lundi 26 septembre 2022, suite à son encensement du comité directeur.


Appel d’œuvres :

Parallèlement à cet appel de textes, Ex_situ lance un appel de dossiers pour orner la page couverture de son prochain numéro! 

Nous invitons les artistes émergent·e·s et les étudiant·e·s des milieux universitaires à interroger les rencontres possibles entre les enjeux suscités par l’édition à venir et leur propre pratique visuelle, puis à nous faire parvenir une courte biographie, un texte de démarche explicatif de la production présentée ainsi qu’un dossier visuel comportant l’image (ou les images) proposée(s), d’ici le lundi 26 septembre 2022 à l’adresse suivante : edition.revueexsitu@gmail.com.



Pistes bibliographiques :

Anzaldúa, G., Borderlands/La Frontera. The New Mestiza, San Francisco, Aunt Lute Books, 1987.

Bredekamp, H., Théorie de l’acte d’image, Paris, Éditions La découverte, 2015.

Boucher, M., « Facteurs d’inquiétante étrangeté dans les tableaux vivants de l’art contemporain. L’apport du récit littéraire. » RACAR, numéro 44, 2019, pp.183-198.

Butler, J., Gender Trouble: Feminism and the Subvension of Identity, New York, Routledge, 1990.

Coulombe, M., Imaginer le posthumain. Sociologie de l’art et archéologie d’un vertige, Québec, Presses de l’Université Laval, 2009.

Deitch, J., Post-Human, catalogue d’exposition, Lausanne, FAE musée d’Art contemporain, 1993. 

Goffi J.Y., « Le transhumanisme à la recherche de la perfection », conférence lors du séminaire  « Transhumanisme et posthumanisme : approches littéraires et philosophiques », 28 janvier 2021.

Haraway, DJ., “A Manifesto for Cyborgs: Science, technology and socialist feminism in the 1980s”, Socialist Review, Numéro 15 (2), 1984, pp. 65–107.

Lorenz, R., Art queer. Une théorie freak, Paris, Éditions B42, 2018 [2012].

Preciado, P. B., Un appartement sur Uranus : Chroniques de la traversée, Paris, Éditions Grasset, 2019.