DÉCOMPOSITIONS | Appel de textes no 27

Les états transitoires, mouvants, ou encore exposés à la précarité seront au cœur du vingt-septième numéro de la publication papier de la revue Ex_situ.

Qu’elle soit approchée par la matière, par les formes, par le corps; aussi de manière plus abstraite par les structures ou les constitutions, la décomposition demeure une porte d’entrée vers une pléthore de démarches artistiques. Alors que, par exemple, la récente exposition au Centre Sagamie mettant en dialogue les propositions de Judith Bellavance et de Yannick De Serre, Natures mortes à quatre mains, semble ouvrir une réflexion sur le naturel et l’effet qu’ont le temps et ses marques sur lui – symptômes d’une disparition annoncée – les œuvres de David Altmejd dépouillent plutôt de leur chair originelle des formes organiques qui s’imbriquent dans un monde autre, composite.

En effet, le processus d’altération que l’on reconnaît à la décomposition peut tantôt tendre vers la métamorphose et l’obsolescence, tantôt pointer vers les notions de désarticulation, ou encore de démantèlement. Si elle fait certes écho au caractère organique des substances du monde environnant, cette dernière peut également évoquer les mouvances de nos sociétés ; de la désorganisation ou de la destruction peuvent apparaître des états d’anarchie, d’ailleurs souvent favorables à des reconstitutions. Il y a dès lors une tension potentielle entre le défaire et le refaire; entre le structuré, le déconstitué et le repensé.

En outre, l’éclatement et le détournement du geste artistique, des motifs et des frontières médiumniques sont autant de mécanismes servant à fragmenter le réel et le discours sur l’art, occasionnant parfois un embrouillement ou une friction entre le factuel et l’imaginaire. Ces démarcations rendent exploitables les espaces négatifs entre des objets et leurs contrastes, questionnant souvent leur écart ontologique. Entre autres investie dans les démarches de Gwenaël Bélanger et de Roberto Pellegrinuzzi, la déconstruction du lieu et du temps de l’image crée une dissension entre le multiple et le singulier, et leurs processus de recomposition alternative permettent ainsi de revisiter le statut des réalités qu’ils révèlent.

C’est par cette danse rythmée entre les choses qui sont, qui deviennent ou qui s’écroulent que nous espérons constituer un corpus de textes projetant à la fois des réflexions sur les états de matière et sur les états de systèmes plus larges, qu’ils soient politiques ou encore sociétaux.

Nous invitons les étudiant.e.s des réseaux universitaires québécois et canadien de tous les cycles d’études à interroger ces enjeux et à nous faire parvenir un texte d’au plus 6 500 caractères d’ici le 20 avril 2020 à l’adresse suivante : edition.revueexsitu@gmail.com. Entrevues, critiques, poèmes, recensions théoriques, essais ; l’hybridité est encouragée et tous les formats seront acceptés, à condition qu’ils respectent notre politique éditoriale. En plus de la publication papier et de la mise en ligne sur notre site web, les textes publiés seront aussi intégrés à la bibliothèque numérique d’Artexte.

Parallèlement à cet appel de textes, Ex_situ lancera bientôt un appel de dossiers pour l’illustration de la page couverture de son prochain numéro. Restez à l’affût !

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

__quelques productions artistiques
CALAND, Fabienne-Claire et Émilie GRANJON, Cinq fabricants d’univers dans l’art actuel, Montréal : Éditions Varia, 2017, 198 p.
DÉRY, Louise, David Altmejd, Montréal : Galerie de l’UQÀM, 2006, 110 p.
DÉRY, Louise, Roberto Pellegrinuzzi, Une pratique du poétique, Montréal : Galerie de l’UQÀM, 1999, 152 p.
MORENCY, Catherine et Aseman SABET, Patrick Coutu : prix de la Fondation Monique et Robert Parizeau, 2014-2016, Québec : Musée national des beaux-arts du Québec, 2016, 77 p.
NINACS, Anne-Marie, Massimo Guerrera : darboral : ici, maintenant, avec l’impermanence de nos restes, Québec : Musée du Québec, 2002, 78 p.
NEMIROFF, Diana, Jana Sterbak : Corps à corps = Jana Sterbak : States of Being, Ottawa : Musée des beaux-arts du Canada, 1991, 95 p.
POCREAU, Yann (commissaire), Bernard LAMARCHE et Mélanie BOUCHER, Gwenaël Bélanger : casser l’image, Saint-Hyacinthe : Expression, centre d’exposition de Saint-Hyacinthe et Musée régional de Rimouski, 2011, 92 p.

__le corps rétrograde : ses décharnements, sa fin
BOURION, Sylveline et Georges FORGET, « Identité, création et mort contemporaines », Circuit, vol 15, no 2, 2005, p. 37-54.
L’ARCHEVÊQUE, Alexandre et Élise BOURGEOIS-GUÉRIN, « Du confinement à « l’ici et maintenant », ou quand l’espoir devient chair et désespoir », Filigrane, vol 25, no 2, 2016, p. 25-40.
WUNENBURGER, J.-J, « Transfiguration et défiguration du corps souffrant : les métamorphoses de l’idéal de santé physique dans les arts plastiques. », Philosophiques, vol 23, numéro 1, 1996, p. 57-66.

__la déconstitution par le détournement : le plus, ou le moins humain
DESPRATS-PÉQUIGNOT, Catherine, « De médecine en art contemporain : éthique du désir et jouissance du corps », Cliniques méditerranéennes, vol 2, no 76, 2007, p. 189-205.
STELARC, « Viande, métal et code : architectures anatomiques alternatives », Inter, vol 128, 2018, p.20-25.

__la matière en putréfaction
AFEISSA, Hicham-Stéphane, Esthétique de la charogne, Bellevaux : Éditions dehors,, 2018, 643 p.
CAMPEAU, Sylvain, « Dégoûts et des odeurs », Revue d’art contemporain ETC, no 33, 1996, p. 23-24.
KRÜCK, Marie-Pierre, « Esthétique de la pourriture », Études littéraires, vol 47, no 1, 2016, p. 145-164.
RICHARD, Alain-Martin, « Compte rendu de [L’insatiable appétit des mangeurs / Orange, Les Mangeurs, 4e édition, Saint-Hyacinthe, 15 septembre au 28 octobre 2012] », Inter, no 113, 2013, p. 58-60.

__la décomposition dans le motif artistique
BONNEVILLE, Léo. (1975). « Les métamorphoses d’un poète », Séquences, no 82, 1975, p. 94-97.
BOISVERT, Marie-France, États limites : la matière entre peinture et sculpture, Mémoire de maîtrise, Université du Québec à Chicoutimi, 2008, 73 p.
BOURCIER DOYER, Charline, Sylvie COËLLIER et Khalil M’RABET, L’altération dans la création contemporaine, Aix-en-Provence : Presses Universitaires Provence, 2019, 175 p.
DIDI-HUBERMAN, Georges, « L’image est le mouvant », Intermédialités, no 3, 2004, p.11-30.
HABIB, André, « Le temps décomposé : ruines et cinéma », Protée, vol 35, no 2, 2007, p. 15-26.
LANDRY, Pierre-Luc et Stefania BECHEANU, Silence-décomposition, Montréal : Éditions Nota Bene, 2017, 150 p.

__le fragmentaire, ou la mise à néant pour mieux reconstituer
CASTORIADIS, Cornelius, « Transformation sociale et création culturelle », Sociologie et sociétés, vol 11, numéro 1, 1979, p. 33-48.
LISSE, Michel, « Déconstructions. Derrida lecteur. », Études françaises, vol 38, no 1-2, 2002, p. 59-76.
RENAUD, Gilbert, « Éclatement du social et multidimensionnalité de l’être ensemble », Revue internationale d’action communautaire, no 20, 1988, p. 11-22.