« Tirez les cartes » avec Marie-Claude Bouthillier

Par Maude Darsigny-Trépanier

Le Musée d’art contemporain des Laurentides (MACL), situé dans la ville de Saint-Jérôme, accueille l’artiste Marie-Claude Bouthillier pour une exposition monographique. Commissariée par Richard Gagnier, restaurateur en art contemporain et commissaire indépendant, Cartes sur table sera exposée jusqu’au 1er avril 2018.

Cartes sur table : tirer les cartes au musée

Fortement inspirée d’abord par une résidence effectuée au Musée McCord à Montréal entre 2012 et 2013, Bouthillier a travaillé à même la collection de l’institution. Pour Cartes sur table, elle crée un ensemble de cartes inspiré des oracles (jeux de cartes de voyance ou de guidance spirituelle) qui peut être utilisé par les visiteurs leur permettant de « se tirer aux cartes » à même l’espace muséal. À mi-chemin entre le jeu du « cadavre exquis » et la voyance, les cartes conçues par Bouthillier permettent aux regardeurs de faire partie intégrante de l’oeuvre en interagissant avec celle-ci. Certains des motifs représentés sur les cartes sont aussi exposé en grand format. On peut y voir des formes simples aux couleurs sobres qui rappellent l’esthétique brute et épurée qui caractérise souvent le travail de Bouthillier.

Marie-Claude Bouthillier, Cartes sur table, 3e module, 2017.
Polymère et laque et pigments sur laine feutrée.
Crédit photo : Maude Darsigny-Trépanier

Réflexion sur le monde de l’art

Toujours sous un angle ludique, Bouthillier présente une vidéo, Cartes sur table avec Marinette (2016-2017), où une marionnette (Marinette) propose des réflexions sur l’art telle la place omniprésente du cadre dans la muséologie. Cet alter ego fait de bois permet à l’artiste d’évoquer certains questionnements rhétoriques, mais aussi d’aborder certains aspects plus intimistes qui animent sa pratique. Par exemple, la marionnette montre un grand bout de papier où l’on peut lire une liste de noms tels Louise Bourgeois, Eva Hesse ou encore Brancusi écrit à la main. Marinette, l’alter ego de l’artiste, explique par la suite qu’il s’agit d’un post-it que lui avait remis sa professeure Irène Whitome au moment où elle complétait sa formation d’artiste à l’université. Elle explique alors l’attachement qu’elle porte à ce bout de papier qui paraît si grand dans son petit monde. Cette incursion de Bouthillier dans le monde de son alter ego rappelle que malgré le ton et l’aspect ludique, les réflexions apportées par Marinette sont bel et bien présentes dans la pratique de l’artiste.

Marie-Claude Bouthillier, Cartes sur table avec Marinette, 2016-2017.
15 min 25 sec.
Crédit photo : Maude Darsigny-Trépanier

Inspirées de plusieurs échanges épistolaires entre Bouthillier et Gagnier, Cartes sur table avec Marinette permet une incursion dans le mode de l’artiste. Une des séquences est filmée dans un décor noir et blanc qui est en fait une miniaturisation de l’installation Dans le ventre de la baleine (2010), un autre plan montre ce qui semble être la bibliothèque de l’artiste. Marinette s’entretient avec le regardeur à propos de sa démarche artistique, ses influences ou encore la place de la signature de l’artiste dans l’histoire de l’art et sa complète évacuation dans sa démarche personnelle.

Les autoportraits : aperçu de la carrière de Bouthillier

Un mur complet de la vaste salle blanche du musée est réservé à l’accrochage de plusieurs autoportraits de l’artiste. Traversant le temps, ces petits canevas jamais encadrés présentent un aperçu de l’évolution stylistique de l’artiste. Entre le fusain, le crayon et la peinture, la plupart montrent à voir la chevelure caractéristique de l’artiste dans un style naïf et abstrait.

Marie-Claude Bouthillier, Les autoportraits, 2001-2017.
Techniques mixtes.
Crédit photo : Maude Darsigny-Trépanier

L’exposition Cartes sur table offre un aperçu de la pratique de Bouthillier, tout en accordant une importance particulière au médium de la vidéo travaillé pour la première fois par celle-ci. Cartes sur table avec Marinette permet au regardeur d’entamer une réflexion pertinente sur l’ensemble de l’exposition, sans toutefois y conférer une lourdeur théorique, loin de là. L’aspect ludique de l’œuvre permet une démocratisation de la perception du monde de l’art par l’artiste.

Cartes sur table
Jusqu’au 1er avril 2018
Musée d’art contemporain des Laurentides
101 Place du Curé-Labelle, Saint-Jérôme, 1er étage
Métro Montmorency et autobus 9 direction (gare de) St-Jérôme
Lundi Fermé
Mardi 12h00 à 17h00
Mercredi 12h00 à 17h00
Jeudi 12h00 à 17h00
Vendredi 12h00 à 17h00
Samedi 10h00 à 17h00
Dimanche 12h00 à 17h00

En bannière : Vue de l’exposition Cartes sur table
Crédit photo : Maude Darsigny-Trépanier


 

MAUDE DARSIGNY-TRÉPANIER | RESPONSABLE DE LA RÉDACTION WEB ET GESTIONNAIRE DES MÉDIAS SOCIAUX

Maude a obtenu un baccalauréat en histoire de l’art à l’UQAM et y poursuit sa scolarisation au deuxième cycle. Actuellement, elle est en période de rédaction pour son projet de maîtrise qui porte sur la réappropriation comme geste politique dans l’œuvre de Nadia Myre. Maude cultive un grand intérêt pour les pratiques artistiques politiques et engagées. Son coup de cœur pour les pratiques d’artistes autochtones est né à la vue de l’œuvre Fringe de Rebecca Belmore lors d’un cours universitaire. Employée de l’UQAM depuis 2017, elle travaille comme assistante de recherche auprès de Dominic Hardy. Elle est également bénévole depuis 2 ans à la Foire du papier et se joint à l’équipe de la revue Ex_situ à titre de rédactrice web à l’hiver 2017.

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